La thérapie en EMDR : késako ? Pour quoi et pour qui ?

 

Il y a quelques semaines, je vous parlais de la fin de me thérapie. Si pendant de longs mois, nous avons travaillé sur la base d’une thérapie cognitive, nous sommes arrivés à un stade où je ne pouvais plus avancer. Sans arrêt, les mêmes pensées venaient me paralyser, me hanter. Dans ces moments là, les outils fournis par la thérapie étaient impuissants. Mon thérapeute m’a alors proposé la méthode EMDR. Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler de cette expérience et de vous présenter cette méthode. 

 

L’EMDR : qu’est ce que c’est ?

Il faut savoir que la mémoire et les émotions sont très liées. On parle d’émorisation. Plus l’émotion associée à un événement est forte, plus le cerveau enregistre. Quand vous ressentez une joie très forte ou une grande tristesse, vous vous souvenez mieux et plus en détails de l’événement. Cela renforce le « pouvoir » des traumatismes. Les émotions associées dans la mémoire n’en sont que plus violentes et incontrôlables. Par exemple, beaucoup de gens se souviennent de détails infimes du moment où ils ont appris la perte d’un proche. 

Notre cerveau traite habituellement les événements que nous vivons et les stocke dans le cerveau pour en faire des souvenirs. Seulement parfois, certains événement sont trop forts, trop violents, traumatisants. Dans ces cas, la mécanique magique du cerveau se bloque et l’événement n’est pas retraité. L’événement reste vivant dans le cerveau au lieu de devenir un souvenir. Il continue à traîner, associé aux émotions qui l’ont accompagné et forme un traumatisme. Les émotions sont d’autant plus fortes donc l’événement reste d’autant plus vivant et prêt à se raviver.

L’EMDR permet ainsi de soigner le stress post traumatique, même de nombreuses années après. C’est une méthode reconnue par les grandes organisations de la santé. Les initiales EMDR signifient Eye Movement Desensitization and Reprocessing c’est-à-dire désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires. En effet la thérapie EMDR utilise une stimulation sensorielle bi-alternée (droite-gauche) qui se pratique par mouvements oculaires – le patient suit les doigts du thérapeute qui passent de droite à gauche devant ses yeux –, ou bien le thérapeute tapote alternativement les genoux du patient ou le dos de ses mains (ou encore d’autres méthodes sensorielles). On offre au cerveau la possibilité de reprendre son travail de traitement là où il n’a pas eu lieu.

 

 

Pourquoi faire une thérapie en EMDR ?

Il n’y a pas que le stress post-traumatique qui peut engendrer des pathologies ou des souffrances psychologiques. Il peut parfois s’agir d’événements qui semblent anodins : une difficulté professionnelle, une séparation, une maladie, un problème lors d’une grossesse, un événement familial… Ils semblent surmontés mais en réalité, le cerveau n’a pas pu suivre le process normal. Le travail de digestion n’a pas été fait et les émotions n’ont pas été désactivées. Tout ça reste en surface, prêt à se remettre en marche au moindre élément qui peut rappeler le traumatisme. Un son, une phrase, une odeur, la vue d’un objet… Un simple détail peut remettre le feu aux poudres. 

La plupart des thérapies des thérapies cognitives reposent sur le fait de rationaliser, d’analyser et de nous raisonner. Mais parfois, cela ne suffit pas. Il y avait plus particulièrement certains souvenirs ou épisodes qui restaient très vifs dans ma mémoire même des années après. Et dans ces moments là, les émotions étaient si fortes que je ne pouvais pas me raisonner. Il suffisait d’une photo sur les réseaux sociaux, une phrase lancée l’air de rien, une absence de nouvelle… Cela ravivait la blessure sans que ne je puisse rien y faire. Décortiquer mes schémas et rationaliser le tout n’empêchait pas la colère et la tristesse. Avec l’EMDR, il y avait une solution potentielle. En revivant et en retraitant ces instants intenses et difficiles du passé, j’avais une chance de guérir. D’offrir à mon esprit et à mon coeur la possibilité de cicatriser. 

 

 

Comment se passe une séance d’EMDR ?

Les séances d’EMDR sont plus longues que des séances classiques. Une séance de psychiatre dure 30min, une séance EMDR dure entre 60 et 90 minutes en moyenne. Il faut laisser le temps à l’esprit de faire son chemin. On peut ressentir des émotions très fortes car on ravive des blessures. Pour ma part, ca a été assez modéré. En revanche les émotions étaient assez variées : colère, tristesse, frustration, étonnement, honte, soulagement, apaisement… 

Le praticien pratique alors des séries de stimulations bilatérales alternées rapides; entre chaque série, le patient dit ce qui lui vient à l’esprit ; il n’y a aucun effort à faire pendant la stimulation pour obtenir tel ou tel type de résultat, l’évènement se retraite spontanément […]. Le praticien continue les stimulations jusqu’à ce que le souvenir ne génère plus de perturbations mais soit mis à distance, « effacé », ait perdu sa vivacité. Ensuite, toujours avec des stimulations bilatérales alternées rapides, il aide le patient à associer à ce souvenir une pensée positive, constructive, pacifiante, et à évacuer d’éventuels restes physiques désagréables.

C’est assez difficile au départ car on ne sait pas trop quelle est la « bonne réponse ». Mon psy a choisi de ne pas trop m’expliquer pour ne pas m’influencer. Au début, j’avais le besoin de parler beaucoup, de détailler mes ressentis. Il a utilisé l’image du train et du quai qui défile. L’EMDR c’est comme monter à bord d’un train et repasser le film de sa vie. On regarde par la fenêtre et on revoit les scènes et les souvenirs défiler par la fenêtre. Le thérapeute n’a pas besoin d’avoir la description complète, il a juste besoin de savoir dans quelle gare votre esprit s’est arrêté pour voir quelle destination sera la vôtre. 

 

 

Il faut être capable de mettre son esprit en roue libre, de se laisser aller. Par moment quand il me demandait « et maintenant, que voyez vous? », je lui répondais « rien » ou « le vide ». Mon esprit faisait une pause. Et puis sans que je sache pourquoi ni comment, il repartait sur un souvenir et le train se remettait en marche. L’intellect est détaché, l’attention est portée sur autre chose pendant que l’esprit vaque à ses occupations. Votre attention est focalisée sur le mouvements droite/gauche et pendant ce temps là, votre esprit fait son bout de chemin. Si on essaie de réfléchir à quelque chose, de tenir un raisonnement, ça ne marche pas. On partait d’un souvenir précis et puis mon esprit empruntait des réseaux qui lui sont propres et repassait les souvenirs les un après les autres, au fil des réseaux de mémoire. Un peu comme quand vous penser à une casserole et puis en vous perdant dans vos pensées, 30 minutes plus tard, vous pensez à un chien. 

 

Qu’est ce que j’en ai pensé?

Ce n’est pas magique. Je ne sais pas encore si ça va m’aider mais ça m’a apporté une autre compréhension de certaines choses. J’ai envisagé certaines choses sous un autre angle, j’ai eu des considérations que je n’avais jamais eu avant. Pour ma part, il ne s’agissait pas d’événements traumatisants que j’aurai pu vivre, pas au sens premier du terme. Je n’ai pas vécu d’attentat, d’accident, de violences ou autre. J’ai simplement vécu une succession de petites choses qui sur le moment m’ont marquée très fortement négativement. Cette succession a ancré en moi la certitude de ne pas être assez bien pour être aimée, de ne pas être à la hauteur. Et que pour cette raison, les gens me quittent, ne m’aiment pas ou me trouvent sans intérêt. 

« C’est différent, […]. On est au cœur d’une émotion qui nous emporte, et petit à petit elle nous quitte, ou du moins va se blottir quelque part où elle ne fait plus mal. On sait qu’elle est là, qu’on l’a vécue, mais c’est un souvenir. »

 

 

Au fil des séances, j’ai pu revivre certains épisodes de mon passé, tout en me sentant en sécurité. Ces événements ont pu être traités et digérés. Alors qu’au début je les visualisais avec une précision presque violente, ils sont aujourd’hui flous. J’ai beau essayer de les matérialiser dans mon esprit, je n’y parviens pas. Les images me fuient, mon esprit zappe sur autre chose. Ce n’est pas magique, il y aura d’autres moments difficiles. Mais avoir digéré le passé va permettre d’être moins sensible au futur. C’est comme recoudre une plaie : la peau peut cicatriser pour retrouver son rôle de protection. Les prochaines attaques de l’environnement sont moins risquées et moins douloureuses car le corps a retrouvé sa capacité de défense. 

Cette thérapie doit être entreprise avec un professionnel qualifié. Elle peut ne pas convenir à tout le monde et comme toute thérapie, elle n’est pas magique 😉

 

 

 

 

4 commentaires pour “La thérapie en EMDR : késako ? Pour quoi et pour qui ?

  1. Merci pour ce bel article sure complet 🙂 J’ai testé mais probablement pas avec une personne suffisamment formée Mon entourage me le conseille mais je garde un mauvais souvenirs des séances que j’ai pu faire : ça faisait monter ma colère ! Je garde tout de même l’idée en tête Encore merci ! 🙂

    1. La colère fait partie du processus 😉 il faut accepter de vivre ces émotions pour guérir et avancer. Comme me disait mon psy, parfois on passe dans des tunnels. Plutôt que de reculer, il vaut mieux accélérer pour ressortir de l’autre côté.
      Avoir le bon thérapeute est primordial.

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