Et le papillon sort de sa chrysalide…

 

Il y a deux ans, je passais le pas de la porte pour la première fois, fébrile. Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Est-ce que j’allais m’allonger sur un divan comme dans les films ? Est ce qu’il allait être sympa ou rigide ? Est-ce que le contact allait passer ? Est-ce que j’allais réussir à m’ouvrir ? Est-ce que ce serait la solution à mes problèmes ? Et surtout, est-ce que c’était le bon pour faire ce travail dont j’avais tant besoin ? Depuis le temps que je devais me lancer, j’avais la trouille de devoir repartir à 0 et chercher quelqu’un d’autre.

 

Le début du chemin

Je me rappelle de cette première séance. Elle avait duré une heure. Une heure pendant laquelle j’avais raconté les grandes lignes de ma vie. C’était comme écrire le synopsis d’un film. On avait placé le cadre, présenté les personnages, décidé qui ferait partie de l’histoire et qui ne serait pas assez important. J’avais l’impression d’ouvrir la porte de chez moi, de laisser entrer un inconnu. Un inconnu à qui je devais pourtant faire confiance sans retenue. 

Au fil des séances, le chemin à prendre s’est dessiné, devenant de plus en plus clair. Il y avait les jours de beaux temps, où on avançait à grand pas. Tout semblait facile, les réponse surgissaient, presque évidentes. Et puis il y avait les jours de tempête. C’est ceux où la colère et la douleur étaient trop fortes. Ces jours là, je pleurais, beaucoup, je me décourageais parfois. J’avais le sentiment quoi que qu’on fasse, il y aurait toujours un obstacle sur ma route. Chaque fois, il était là, bienveillant. Il commençait à me connaitre et il trouvait les mots pour faire redescendre la pression, pour m’apaiser. Je ressortais de l’immeuble le coeur un peu plus léger, apaisée d’avoir pu partager ma charge. 

 

 

Une route qui devient familière

Le propre d’une habitude, c’est qu’elle devient familière. Petit à petit, ce cabinet est devenu mon cocon. C’était cet espace rassurant, dont je connaissais chaque détail du mur en face de moi. C’était ces moulures pas vraiment régulières, cet halogène qui penchait un peu, ces volets qui n’était jamais ouverts complètement, ce tableau avec ses poivrons rouges. 

A chaque séance, le rituel était le même. C’était ce retard à la durée variable. Certains auraient trouvé ça agaçant. Pour moi, c’était cette petite soupape pour me couper de la vie du dehors et me remettre dans mon cocon. J’avais le temps de m’asseoir dans le couloir, de poser mon sac sur la chaise d’à côté, de lire quelques pages ou de parcourir mon téléphone. C’était comme un sas de décompression. C’était comme l’échauffement d’un sportif. Il raccompagnait le patient précédent, me disait « Bonjour Madame Et dans mes mots »avec son sourire un peu timide. Avec le temps, on est devenu un peu plus proches, alors il me disait « Bonjour Azylis ». Et puis il poursuivait toujours avec « Je vous demande quelques instants ». Il rerentrait dans le bureau en laissant la porte ouverte, allait boire un peu d’eau et ouvrir mon dossier sur son ordinateur. 

Et c’est là qu’on commençait. A chaque fois il commençait invariablement par « Alors on s’était vu il y a… On avait parlé de…. Je voulais savoir comme vous vous sentiez, est ce qu’il s’est passé quelque chose? ». A chaque début de séance, il me donnait les rênes. C’était à moi de décider si on poursuivait sur notre route ou si j’avais besoin/envie de parler d’autre chose. Cet espace de parole était le mien et j’en faisais ce que je voulais. C’est difficile d’expliquer combien il est réconfortant de nos jours, de voir quelqu’un en face de vous qui vous regarde bien en face et qui vous dit « je vous écoute ». Toute sa personne était tournée vers moi, dédiée à mon bien-être, pour me prendre par la main et m’aider à avancer. 

 

 

Arriver au but

Et puis il y a quelques semaines, je suis sortie une dernière fois. On était arrivé au bout de la route. Une dernière fois, j’ai passé la porte dans l’autre sens. J’ai ouvert la porte de l’immeuble, j’ai marché quelques pas et j’ai regardé la Tour Eiffel. Elle est un peu comme un phare dans la nuit, elle était ce repère associé à mon cocon. Je l’ai vue par tous les temps, à toutes les saisons. Certains jours, elles s’est illuminée à ma sortie. Souvent, ces soirs-là, je sortais avec le sourire. Quelques minutes avant, il me disait, selon le rituel, « on va s’arrêter là pour aujourd’hui ». Souvent j’étais frustrée de devoir cesser. Mais souvent aussi, je réalisais que je me sentais mieux qu’en arrivant.

Alors ce jour là, quand je suis sortie une dernière fois, en sachant que je ne reviendrai pas, c’était un peu bizarre. En parlant de fin dans le cabinet, j’avais une boule dans la gorge. Un peu beaucoup d’émotion de me dire qu’on était en train d’écrire les derniers mots de ce chapitre de ma vie. C’était curieux et un peu effrayant de me dire que j’allais désormais marcher toute seule, sans lui à mes côtés. Oh, il m’a bien dit qu’il restait présent pour moi, que je pouvais lui écrire, qu’on pouvait s’appeler si j’en avais le besoin. Mais je crois que ce serait trop différent et ce ne serait pas mon cocon. 

Alors voilà. Après presque deux ans de rendez-vous hebdomadaires, bi-mensuels ou mensuels selon les périodes, la thérapie s’est achevée. Après avoir décortiqué mon trouble panique, ma relation avec ma mère, mes amitiés qui m’ont fait tant souffrir, après avoir traversé un burn out et avoir fait la paix avec moi-même, c’est fini. Notre départ pour Toulouse a fait que la thérapie s’est terminé. Mais je crois bien qu’il était temps.

 

 

Merci Monsieur le copilote !

En écrivant cet article (avec un petit truc dans la gorge et les yeux qui picotent un peu, soyons honnêtes), c’est à lui que je pense. Merci à vous, pour votre sourire, vos encouragements, votre compréhension si fine de ce que je pouvais ressentir. Merci d’avoir su me guider pour sortir de tout ça. Et surtout, merci de m’avoir si bien équipée pour la suite. 

Vous n’avez jamais cessé de me faire réaliser que je n’avais pas tout à construire. Si souvent, vous m’avez rappelé que ma relation avec Monsieur est un petit miracle en soi, mon miracle, celui que j’ai construit toute seule, comme une grande. Parce que pour lui, avec lui, j’ai été capable de me dépasser, d’aller au delà de tout le reste. Souvent aussi, vous m’avez répété que non, tout n’est pas de ma faute. Et que parfois, même si je fais tout mon possible, on ne peut pas tout réussir, on ne peut pas faire à la place des gens. Et ce n’est pas grave. 

Aujourd’hui, je me sens grandie. Je suis comme une chenille qui a pris le temps, pendant deux ans, de mûrir dans son cocon avant d’enfin sortir et déployer ses ailes. Et aujourd’hui, je m’envole sereine. C’est vraiment le mot qui résume le mieux mon état d’aujourd’hui. Je reste cette femme anxieuse et sensible. Mais je sais désormais que je peux survivre à tout, que j’ai la force pour surmonter les obstacles. Désormais, j’ai les outils pour reprendre le contrôle de la situation. Ca aussi, vous me l’avez souvent répété : le chemin ne sera jamais lisse il y aura toujours des émotions négatives, rien ne sera jamais parfait. Mais ça ne m’empêche pas d’avancer. 

Merci et bonne route ! 

 

 

 

7 commentaires pour “Et le papillon sort de sa chrysalide…

  1. Ton article m’a beaucoup touchée ! J’ai moi même été suivie par un psychologue pendant X mois ( sincèrement je ne sais plus ). Il m’a donné beaucoup de clés, m’a fait comprendre beaucoup de choses sur moi et le monde qui m’entoure…Et puis je ne sais plus trop comment, je n’y suis plus retournée…Mais je me rappellerai toujours de ce monsieur calme et bienveillant. Tellement calme qu’au tout début, j’avais parfois envie de le secouer. Mais rapidement j’ai compris que cette oreille m’apaisait et me réconfortait dans un environnement parfois trop bruyant, trop stressant. Il m’a énormément aidé, appris et je ne l’oublierai jamais.
    Tu y repenseras certainement aussi dans quelque temps avec une pointe de nostalgie, puis tu repenseras à tout ce qu’il t’a transmis. <3

    1. Je vois ce que tu veux dire ! Parfois il me rééxpliquait 20 fois un truc j’avais envie de lui dire « J’AI COMPRIIIIIS » ^^
      Mais ça reste un vrai bon souvenir et je suis vraiment heureuse d’avoir fait ce travail sur et avec moi.

  2. C’est tellement un un bel article. Très bien rédigé. Je te trouve courageuse de te livrer à nous. Bon courage pour ton installation à Toulouse 😊

    1. L’anonymat aide beaucoup 🙂
      Et puis je ne sais pas, quand j’écris, je ne pense pas vraiment aux autres, à ceux qui vont me lire.

  3. Je suis très touchée par ton article. Merci beaucoup pour ce partage. Chouette chemin que tu as fait là ! Bravo à toi ! Car il en faut du courage pour franchir cette porte la première fois et aussi pour dire au revoir 🙂 Bon vent a toi !

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