Je bosse dans la communication et je ne suis pas une blonde écervelée

 

Hello ! J’avais envie de vous parler un peu de mon boulot. Avant d’être la cause de mon burn out, c’est surtout un métier que j’aime et que j’ai choisis. Je travaille dans la communication comme certain(e)s le savent et plus précisémment dans l’événementiel. Malheureusement, c’est souvent un métier ingrat, qui n’est pas considéré à sa juste valeur. Ca reste un métier qui souffre d’une image qui n’est pas la bonne. Alors aujourd’hui, je vous dis ce qu’on ne voit pas toujours. Et surtout, je pousse un petit coup de gueule pour qu’on reconnaisse les communicants à leur juste valeur. 

 

« Je travaille dans la communication »

Vous la voyez la blonde là ? Malheureusement on ne remercie pas Miss France. J’abhorre cette émission pour son sexisme et surtout son inutilité. Et en plus de ça, on a tellement entendu de filles dire avec leur sourire factice et leur discours préparé « je travaille dans le domaine de la communication » que c’en est devenu un cliché. C’est moins vrai aujourd’hui certes. Là où je veux en venir, c’est que les métiers de la communication sont souvent associés à des métier un peu futiles, pour des filles superficielles

Pour illustrer mon propos, je vais carrément vous citer un directeur d’entreprise qui m’a un jour sorti en entretien d’embauche : « Vous être mignonne, vous êtes jeune, allez vous montrer en événementiel, faites du show off ». Ca calme et surtout ça situe le niveau d’estime que certains portent à ces métiers. La communication reste principalement un métier de femmes. Pour certains, c’est carrément des métiers pour des nénéttes qui n’ont pas grand chose dans le crâne. Bah ouai, après tout, il s’agit simplement de raconter des jolies histoires, d’écrire des articles de blog ou d’accueillir des gens sur des événements. 

 

 

Dès la formation, on est considéré comme les touristes de service. Ca se voit énormément au niveau des salaires. Les diplômés en master de communication sont les moins payés de tous les masters. En école de commerce, c’est les masters faciles, ceux où il n’y a rien à apprendre. C’est aussi vrai que faux. C’est un métier de terrain, qui s’apprend en le pratiquant, en situation concrète, où la théorie ne sert pas à grand chose. Mais c’est surtout un métier de compétences plus que de connaissances. C’est un métier qui demande du feeling, des aptitudes personnelles et qui repose souvent sur un tempérament plus qu’autre chose. 

 

Ce qui se cache derrière les apparences

Il faut savoir que les métiers de la communication ne sont pas des métiers techniques. J’entends par là qu’il n’y a pas de vrai ou de faux, pas de bonne ou de mauvaise réponse. Il n’y a pas de règles toutes faites qu’on peut appliquer comme on fait en ingénierie, en comptabilité ou en droit. En communication, tout n’est que créativité, interprétation, transmission de messages et donc réception de messages. De ce fait, on a facilement l’impression que ce sont des métiers un peu bullshit, que n’importe qui peut faire. 

Pourtant, ce sont des métiers complexes. Ils sont soumis aux tendances dans des environnements qui évoluent très vite. Les modes, les technologies, les envies des gens fluctuent. Il faut savoir en tenir compte et même les anticiper. Sauf qu’on est pas des surhommes, ni omniscients ! On est le parent pauvres de la plupart des entreprises car on représente des coûts mais pas de rentrées d’argent directes. Nos budgets sont ceux qui sautent en premier, pourtant notre travail est essentiel pour les entreprises. C’est grâce à la communication qu’on fait connaitre un produit pour le vendre mais aussi qu’on réunit les salariés autour d’un projet d’entreprise, qu’on gère des crises ou qu’on remporte une élection. 

 

 

Etre chef de projets en communication, ce n’est pas un métier. C’est un panel de différentes fonctions. Il faut savoir être un couteau suisse, d’adapter, faire un peu de tout. Marketing, communication, rédaction, facturation, vente, négociation, animation, management. Je fais tout ça dans mon métier. Tout ça me demande des compétences qu’on n’apprend pas à l’école : la rigueur, le relationnel, la capacité à communiquer, s’exprimer en public, être chef d’orchestre, gérer un client, la créativité, la réactivité, la gestion du stress…. La plupart du temps, les femmes sont meilleures que les hommes. L’empathie, l’écoute, le sens de l’organisation, savoir gérer plusieurs choses à la fois… Ce sont des qualités que les femmes ont plus fréquemment que les hommes et qui sont essentielles. 

 

Mon quotidien dans la communication

Souvent, je travaille gratuitement. En communication, ça fonctionne principalement avec des appels d’offre. Le client envoie son brief à différentes agences, chacun rend un projet. Le client choisi. Et seule l’agence choisie réalise le projet et est payée. Les clients perdent très vite de vu le travail qu’il y a derrière un dossier (y a qu’à voir les délais qu’ils nous donnent) et qu’interroger 6 ou 7 agences, c’est en faire travailler 6 pour rien. Et croyez moi, quand on bosse 3 semaines sur un projet et qu’on le perd ça fait mal. Il faut savoir que suivant les agences le taux de transformation est plus ou moins bon. Chez nous il est d’environ 30 ou 40% je dirais. C’est déjà énorme. Mais ça veut dire que sur 10 projets que je monte, j’en gagne au maximum 4. Donc plus de la moitié du temps, je travaille « pour rien ». Mais c’est le jeu me direz-vous. 

Bosser en agence c’est souvent bosser en flux tendus, avec pas toujours les moyens de bien faire son boulot. Parce qu’en agence, on fonctionne avec les appels d’offre donc on ne gagne de l’argent que si on gagne les dossiers. Donc les recrutements sont fait avec parcimonie et économie. Alors ce n’est pas rare d’être sous staffé et qu’on nous en demande toujours plus. 

 

 

Bosser en agence, c’est être le prestataire d’un client. Et rien que pour ça, ils se permettent plus qu’à leur tour de nous malmener. Ils sont irrespectueux, désagréables régulièrement. Ils nous pressent dans tous les sens mais ne s’obligent à rien. On subit beaucoup de pression, par contre les remerciements sont souvent légers sous principe qu’on a été payés. Et puis ça veut dire faire des courbettes parce que tu comprends, il faut avoir le sens du service. Mais les clients oublient très souvent pour quoi ils ont payé. C’est pourtant indiqué très précisément dans le budget. Si on a le malheur d’oublier un mini détail ou de ne pas faire quelque chose, on nous tombe dessus. Par contre quand on est la 12 version d’une créa alors qu’il y avait 3 allers retours budgétés, il ne faut surtout pas avoir l’audace de demander une rallonge. 

 

Au bout d’un moment, tu craques

Tout ça m’a menée au burn out. Parce que je n’en pouvait plus de m’investir comme une dingue sans reconnaissance. J’ai craqué à force de me donner sans recevoir en retour. J’ai subis la pression sans rechigner, j’ai pris sur moi, je n’ai pas compté mes heures. Et parfois je n’ai même pas reçu un merci. Et derrière je m’entends dire que je suis constamment en vacances, que je voyage et que mon métier, c’est quand même assez cool. Il faut savoir que quand j’accompagne un groupe de 45 top VIP à Cuba, je ne suis pas en vacances. Je suis debout à 6h, je cours dans l’hôtel toute la journée (donc je ne vois pas Cuba), je veille à ce que tout soit au cordeau pour que les clients ne se rendent même pas compte de ce qui se passe mais que tout se déroule comme prévu. Je veille à ce que leurs souhaits et besoins soient comblés avant même qu’ils les aient exprimés. Je gère le planning mais aussi les imprévus et des gens avec qui je n’ai jamais bossé et parfois même jamais parlé. Je regagne ma chambre à minuit passé et je traite les mails que j’ai en attente. En opé, je me couche en moyenne à 1h du mat. Et le matin, à 6h le réveil sonne de nouveau. Et ça sur 3, 4, 5 jours… Sans compensation.

 

 

Quand je suis au bureau, j’ai comme tout le monde des périodes de rush. Mais contrairement à beaucoup de métiers de bureau, je ne peux pas être en retard. Quand le client fixe une date de rendu, je ne peux pas rendre 2 ou 3 semaines plus tard. Quand j’entends Monsieur me dire qu’ils ont 6 mois de retard sur la livraison de leur produit, je ne comprends même pas que ce soit possible. Il y a deux périodes dans l’année qui sont souvent très très chargées. En mai et septembre, j’enchaîne en moyenne 5 appels d’offre. Ca demande beaucoup de travail, de rigueur, de créativité. Il faut être à fond pendant un mois et demi, sans jamais se relâcher. Le reste de l’année, je suis sur le terrain ou alors je prépare des dossiers qu’on a gagné. Il faut penser à tout, anticiper, faire la navette entre le client et les prestataires, renégocier, gérer les imprévus. C’est intense. 

 

Ce métier que j’aime mais qui est parfois lourd à porter

Pour beaucoup, la communication, c’est synonyme d’événements pleins de paillettes, de blogueuses qui ont des cadeaux des marques ou des mecs qui sont payés pour pondre des slogans pourris payés des milliers d’euros. Autant vous dire que derrière tout ça, il y a surtout beaucoup de travail. Il faut savoir qu’au quotidien, on a des clients qui se prennent pour des rois et qui se conduisent comme des enfants gâtés. Tout leur est dû et ils imaginent parfois mieux savoir que nous ce qui est bon ou pas pour leur projet. Bah oui, ça n’a rien de technique notre métier, nous sommes simplement là pour faire ce qu’ils n’ont pas le temps de faire (ou pas envie de faire). Ils vous donnent un brief long comme le bras, avec un budget riquiqui et la date de rendu était hier. 

 

 

J’aime organiser, coordonner, échanger avec mes clients, les conseiller, créer des solutions pour eux. J’aime écrire, donner du sens aux mots pour faire passer un message. J’aime voir leur sourire quand leur événement est un succès. Ca veut dire que j’ai réussis. Il n’y a pas de plus belle récompense pour moi que de voir mon client un verre à la main en train de lâcher prise. J’aime le terrain, j’adore cette émulation, ce rythme un peu fou, ces montées d’adrénaline. Dans ces moments là, on se transcende, on va au bout de ses limites bien souvent, toute l’équipe se mobilise. C’est le moment où ton projet prend vie, où tes mois de boulot acharné prennent du sens et deviennent concret. 

 

Alors oui, la communication est un vrai métier. Dur, intense, ingrat. Mais aussi vivant, épanouissant et si naturel pour moi. Quand il est exercé dans les bonnes conditions.  

 

8 commentaires pour “Je bosse dans la communication et je ne suis pas une blonde écervelée

  1. On sent que tu aimes ce que tu fais et je trouve cela essentiel de nos jours.
    Je te souhaite de trouver un poste sur lequel tu puisses t’épanouir à Toulouse =)

  2. J’ai également commencé à bosser en agence après un apprentissage (je n’ai aucun diplôme). J’ai fait un burn out au bout de quelques années avec le rythme. Puis j’ai travaillé chez l’annonceur, ce qui s’est avéré compliqué aussi, étant la seule à la communication et ayant des objectifs énormes à réaliser avec des budgets minuscules. Maintenant je travaille en freelance. Je choisis mes clients, des gens qui ont les mêmes valeurs que moi et qui sont vraiment motivés à faire avancer leurs entreprises et je reprends petit à petit plaisir à effectuer ce métier tous les jours.

    1. Je ne pourrais pas être free lance. On m’en parle beaucoup et c’est le nouvel eldorado. Mais rapport à ma personnalité anxieuse et mon manque de confiance en moi, je ne peux pas. Ne pas avoir l’assurance du salaire tous les mois serait trop dur pour moi.
      Après je pense que tout dépend des agences et des annonceurs…

  3. Je pense que la « mauvaise image » de la com c’est que maintenant tout le monde se dit dans le milieu. Il n’y a qu’à voir le nombre de blogueuses qui se donne le titre de community manager, chargé de com etc sans avoir jamais fait d’études et/ou de vrais postes dans le métier. En tout cas, j’espère que ton prochain poste sera plus tranquille !

    1. J’osais pas le dire comme ca mais c’est un peu ce que j’ai en tête…. y a quand même des hôtesses d’accueil qui te disent qu’elles bossent en événementiel….

  4. Jai fait un master en com, et commencé ma vie active par là, même si jai fini par bifurquer sur du marketing (meme combat). c’est un point que j’ai failli aborder dans mon commentaire à ton dernier article. C’est un metier où l’on te broie, et où certains prennent même plaisir à le faire pour relacher leur propre pression. L’ambiance peut être terrible et sous pretexte qu’il s’agit beaucoup de femmes, jeunes, ambitieuses et sans enfants, en raison des deadlines perpetuelles on te presse le citron pour t’en faire faire toujours plus sans aucune reconnaissance, ne fut ce que par un remerciement. J’ai donné, le burn out je l’ai frôlé, et comme toi ke me suis barrée avec délectation. Mais beaucoup d’agences travaillent malheureusement comme ça, donc je te conseille dans ta future recherche d’emploi de poser des limites dès le départ – car si de telles conditions sont déjà difficiles aujourd’hui, ce sera 10 fois pire quand tu auras des enfants…alors bon courage dans ta recherche, c’est un métier passionnant mais épuisant physiquement et moralement!

    1. Tu résumes bien les choses… aujourd’hui je bosse en agence mais je voudrais passer chez l’annonceur pour mon prochain poste justement…

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