Un cheval pas comme les autres, celui de toute une vie

 

Depuis presque 20 ans, je suis cavalière. Je suis passionnée d’équitation et surtout passionnée de chevaux. Depuis aussi longtemps que je me souvienne, tout ce qui ressemble de près ou de loin à un cheval me fascine. Quand j’étais petite, ma grand-mère m’offrait des balades à poney pour mon anniversaire. Et puis à 9 ans, j’ai pu commencer à prendre des cours chaque semaine. C’était le début de l’une des plus belles aventure de ma vie. 

Il y a des êtres qui marquent votre vie. On pense le plus souvent aux gens qu’on rencontre, qu’on aime ou qui nous aident à avancer. Dans le cas présent, il s’agit d’un cheval. J’ai mis beaucoup de temps à écrire cet article, pensant qu’il n’intéresserait pas grand monde. Mais au fond, ce blog ne serait pas vraiment moi si je ne parlais pas de toi ici.

 

Un cheval parmi tant d’autres

En plus de 15 ans de vie équestre, vous vous en doutez, j’ai aimé beaucoup de chevaux. Certains m’ont marquée plus que d’autres. Avec certains, j’ai vécu des moments très forts. Des sensations uniques, des victoires, des médailles même. Avec chacun d’entre eux, j’ai eu une histoire bien particulière. Mais malgré ça, aujourd’hui, ils font partie de mon passé et pour certains, il me faut faire un effort pour qu’ils reviennent dans mon esprit. Et puis il y a toi. 

On s’est rencontrés, un peu par hasard, un soir d’hiver. Tu me faisais rêver, tu faisais partie de ces chevaux que je voulais monter. Tu me fascinais. Tu avais ce charisme, cette délicatesse et ce caractère bien trempé qui te distinguaient. Certains diront que tu n’étais qu’un cheval… Juste un cheval… Dès la première fois, il y a eu ce petit quelque chose entre nous. Le contact passait, il y avait un feeling, une compréhension mutuelle. A tel point que ma coach a décidé quelques mois plus tard de faire de nous un duo. Alors qu’il me fallait un nouveau cheval de concours, elle a décidé que ce serait toi. Ce jour là, elle a pris une si belle décision. Elle a fait le choix. 

 

 

Pendant un an, nous avons été un couple cavalier cheval. Un duo en compétition, un parmi tant d’autres. Nous avons travaillé si dur, en essayant de libérer tes blocages, de contourner mes faiblesses. Nous avons travaillé sans relâche pour atteindre nos objectifs. Et nous y sommes arrivés. Nous avons fait des parcours sans faute, nous avons gagné en concours, nous avons convaincu les juges. Nous sommes allés aux championnats de France. Et puis j’ai décidé de partir. Je t’ai laissé là bas, pour continuer mon parcours. Mais je n’étais pas bien loin, je revenais te voir, j’avais toujours quelques minutes pour toi. Le nous continuait à exister, mais différemment. 

 

Quand un cheval vous façonne

En un an, tu m’as appris tellement de choses. Nous avons fait un chemin énorme cote à cote, ou plutôt moi sur ton dos. Tu m’as appris la confiance, en toi et en moi. Toi qui étais si sensible, si impétueux parfois; tu faisais peur à certains. Et pourtant, je n’ai jamais eu peur, tu ne m’as jamais mise en danger. Et il y avait tant de travail, mais il fallait procéder de la bonne façon. Avec toi, j’avais confiance en mes choix, en mes capacités, en mes décisions, pour t’emmener le plus loin possible. Avec le temps, tu m’as permis de croire en nous et en nos capacités.

Tu m’as donné le courage de se battre pour aller toujours plus loin, toujours plus haut. Il y a eu tellement d’heures de travail pour arriver aux résultats. Parfois c’était dur, décourageant. Et pourtant, ça a fini par payer. Tu m’as appris la persévérance, le goût de l’effort et du travail bien fait. Tu m’as appris à savoir apprécier le chemin parcouru et pas forcément le résultat. La fierté de regarder en arrière, voir où on est arrivé en sachant d’où on est partis. On pouvait passer des semaines à travailler quelque chose et puis d’un coup, ça se débloquait. Au bout de quelques mois, j’ai réalisé que tous ces petits pas, construits à force de travail, nous avait menés si loin. 

 

 

Et puis surtout, tu était mon petit moment de liberté, mon échappatoire. Quoi qu’il arrive, tu étais celui qui savait me redonner le sourire, mon rayon de soleil en toute circonstances. Quand je te retrouvais le mardi soir, la journée pouvait avoir été catastrophique, rien que le fait d’entrer dans ton box me faisait tout oublier. C’était notre bulle, rien ne pouvait m’atteindre. Pour ça, il ne fallait que toi et moi. Même après je sois partie, ce « nous » a continué à exister. C’était toujours Toi et Moi, pour tout le monde. C’était comme ça. 

 

Quand le présent devient passé

Et puis un jour, tu avais 15 ans et tu es parti. Pour ne jamais revenir… 

Je ne pourrais pas oublier ce moment où j’ai su. Quand on m’a dit. La maladresse de cette personne qui a cru qu’elle était légitime pour m’annoncer que tu étais « parti ». Sur le moment j’ai été particulièrement en colère. Je me suis dis qu’elle n’avait pas sa place dans notre histoire alors pourquoi je l’apprenais par elle ? Ce n’était pas son rôle, je ne voulais pas l’apprendre comme ça. Mais au final, y avait il une bonne façon de l’apprendre ?

Je crois que le plus dur, ce qui est tellement difficile de savoir que je ne t’ai pas dis au revoir comme j’aurais du. Ne pas avoir su que c’était la dernière fois. De savoir que tu as souffert, que tu étais seul. Depuis je cherche à retrouver avec d’autres chevaux ce que nous avions. J’espère retrouver ce lien, cette connexion, ces sensations. Mais ça ne se produit pas. Il manque toujours quelque chose : la confiance, le feeling, la facilité, … J’espère que ça se produira un jour. Mais en attendant, je garde le souvenir de toi, et le souvenir de nous dans mon cœur. Précieusement. 

 

 

Je garde de toi le souvenir de ce lien si particulier qui nous unissait. Je garde dans mon coeur tous ces petits moments de rien qu’à nous que nous avons volé ensemble : balade en forêt, moment de broutage, stage de préparation, championnats de France, les concours, les entraînements, la fête du cheval. Ce jour où tu m’as fait pleurer de rage, ces moments où j’ai été découragée, et ces moments si ténus mais si fort où on touchait du bout de doigts nos objectifs. Ta façon si particulière d’exprimer ta joie, ta colère ou ton excitation en couinant. Cette phrase qu’on m’a dite un jour : »Avec toi, ça parait tout simple… ».

 

Tu n’étais pas qu’un cheval. Tu étais LE cheval. Celui d’une vie. Un an passé à tes côtés et l’impression que ça a duré bien plus que ça. Une relation qui s’est tissée petit à petit sans qu’on s’en rende compte. Un coup de foudre qui devait durer toujours. Entre nous, ce n’était pas juste le sport, les concours, les entraînements. Il y avait autre chose, quelque chose de plus grand. Il y avait un lien. Et même si ça fait six ans et demi que tu n’es que dans mes rêves, il perdure.

 

Je ne t’oublie pas. Jamais.

 

 

 

 

10 commentaires pour “Un cheval pas comme les autres, celui de toute une vie

  1. C’est un très bel article ! Une jolie façon de rendre hommage à ce cheval d’une vie… Comme toi, je suis passionnée d’équitation, je monte depuis plus de 20 ans, et je vois très bien ce que tu veux dire avec les chevaux qui ont marqué une vie ! Le mien s’appelait Bleuet… et, encore aujourd’hui, il me manque !
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    1. Je trouve que c’est une relation très différente d’avec d’autres animaux de « compagnie »
      Et je crois qu’ils nous manquent toute notre vie…

  2. Je n’ai jamais fait d’équitation et jamais eu d’animal de compagnie étant jeune. Il y a 3 ans maintenant, mes parents ont adopté un Golden Retriever, et je ne le vois que 2/3 fois par an. Et pourtant quand je le retrouve j’ai la sensation qu’il « sait » et nous nous entendons tellement bien! Il y a des jeux qu’il ne fait qu’avec moi, ça m’a toujours impressionnée!
    Ton texte est très touchant 🙂

    1. Je vois très bien ce que tu veux dire.
      J’ai aussi un peu cette connexion parfois avec pourtant des animaux que je ne connais pas ou peu. Je pense qu’ils sentent qu’on est bienveillant à leur égard.

  3. Elle s’appelait Pamela, elle était unique, fantasque, vivante et si fragile ! D’autres avant avaient traversé ma vie, mais elle est toujours dans mon coeur, dans mes rêves la nuit, je l’entends hennir! Elle a passé des années â la maison, quels merveilleux souvenirs ! Malgré les angoisses de la maladie, de l’accident, j’ai eu des aventures formidables avec elle ! Je n’ai jamais retrouvé ce feeling et cette confiance mutuelle ! 15 années de bonheur ! Pourtant, j’en ai connu et aimé d’autres avant, mais elle avait autre chose, une intelligence rare ! Elle a était la dernière , maintenant, je me contente de regarder et suivre les chevaux de mes amis. Nostalgie d’années heureuses …..

  4. Bonjour Azalis, quel texte touchant! Vous avez vécu quelque chose de puissant, une connexion hors pair. J’espère de tout coeur que tu retrouveras ce lien si précieux, et à la fois unique.

    1. J’espère aussi ! C’est quelque chose qui me manque énormément aujourd’hui… Et même si demain je venais à retrouver un lien similaire, je crois que personne ne pourra jamais effacer le lien que j’ai eu avec lui…

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