Comme chien et chat mais s’aimer quand même…

 

Je crois que depuis toujours, notre relation n’a pas été facile. Tu es entrée dans ma vie un jour, sans que je sache trop pourquoi ni comment. A mon petit niveau, c’était compliqué à comprendre. Je trouvais ça un peu injuste, plutôt bruyant et surtout déstabilisant. J’avais toujours été seule avec eux et du jour au lendemain, non seulement tu étais là, mais tu me volais leur attention. J’ai souvent rêvé d’une autre relation, d’une relation comme on voit dans les films. Et puis, depuis quelques années, j’ai appris à m’en réjouir et à l’apprécier à sa juste valeur. 

 

Notre relation pas toujours rose

Comme je le disais, elle n’a pas toujours été facile. Depuis notre plus jeune âge, nous sommes très différentes. Tu es créative, toujours entourée, qui fait de sacrées bêtises. Depuis toute petite, je suis la calme, la grande sage, celle qui aime que les choses soient à leur place. Nous sommes différentes et notre perception des choses s’opposent parfois. De nos jeunes années, je n’ai que peu de souvenirs. Des jeux dans l’appartement, comme quand on jouait au cheval et que tu m’as malencontreusement arraché une dent (qui bougeait déjà, rassurez-vous). De ces vacances où on s’est réveillées en plein nuit pour faire de la pâte à modeler, parce qu’on croyait que c’était juste le matin tôt, en fait il était 3h du mat. De ces repas où on n’était pas d’accords mais qu’on ne nous laissait pas l’exprimer parce que ça montait dans les tours. 

 

 

Les plus récents datent de cette époque où on partageait notre chambre. Toi toujours un peu bordélique (mais bordel organisé) et moi très ordonnée. On avait parfois du mal à cohabiter. Nous n’avons jamais été très complices, on ne se confiait pas trop nos secrets, nos soucis. A l’adolescence, le gouffre entre nous s’est creusé. On ne partageait pas la même chambre mais il y avait encore des conflits. Je ne supportais plus tes défauts et toi les miens. Nos différences s’opposaient fortement et nourrissaient l’agacement. On partageait parfois de bons moments mais vite rattrapés par des disputes. C’est arrivé quelque fois que la colère soit tellement forte qu’on s’arrache littéralement quelque cheveux et que quelques baffes partent toute seules. 

Notre relation a depuis toujours été basée sur des jalousies et des rivalités. C’était des comparaisons qui peuvent paraître anodines mais qui ne devraient pas être formulées. C’était le sentiment de devoir faire aussi bien l’une que l’autre alors que nous évoluions chacune dans notre domaine. Souvent, j’ai été jalouse de tes capacités artistiques et créatives. Souvent, j’ai envié ton don pour assortir les vêtements, pour arranger les objets. Depuis longtemps j’ai été jalouse de ta facilité à te faire des amis, du fait que tu étais plus en phase avec notre génération que moi. Tu sortais, tu faisais la fête, tu avais toujours quelqu’un à voir. Ca me rappelait combien j’étais seule et combien je me sentais différente. 

 

Apprendre à se connaitre après tant d’années

C’est fou comme on peut grandir avec quelqu’un et finalement si peu le connaitre. Il m’aura fallu partir de la maison pour qu’on commence à vraiment se parler. C’est quand je suis partie à 400 km que tu as commencé à te confier à moi, à me raconter des choses, à me demander conseil. On avait déjà une forme de complicité. Celle qui naît dans des situations où on se retrouve seules contre les autres. Mais c’était ténu, un peu fragile. La vraie complicité est née quand on a été suffisamment grandes pour prendre du recul. Pour savoir lire entre les lignes. 

 

 

A force, j’ai fini par comprendre tout ce que tu cachais sous ta carapace. Que d’une certaine façon, tu étais comme moi. Dure au dehors mais fragile à l’intérieur. Derrière ta façade de dure à cuire qui n’exprime pas ses émotions, il y a un grand manque de confiance en toi. Que ce soit avec les garçons, au boulot, tes capacités, en amitié… Combien de fois t’ai-je entendue dire que tu n’y arriverai pas, que tu n’étais pas à la hauteur, qu’on te laisserait tomber. A chaque fois, ça m’a fait mal de t’entendre douter de toi. 

Sous ta carapace, tu caches aussi un grand besoin d’affection, et une grande capacité à aimer. On a la même blessure, mais on la gère chacune à notre façon. Petit à petit, j’essaie de te donner les outils qu’on m’a mis entre les mains et qui m’ont tant aidée. J’essaie de te mettre sur la voie de l’apaisement pour que tu trouves la sérénité. J’ai trop souvent vu ta tristesse et ton émotion se muer en colère. Je connais bien trop ça…. C’est tellement plus facile à gérer. 

 

Une autre relation mais tout aussi belle

Notre relation n’est pas celle que j’ai rêvée. On ne pourrait pas habiter ensemble, on ne sera jamais meilleures amies. On ne se manque pas quand on est loin et qu’on ne se voient pas. Je pense qu’on continuera à se chamailler pour des bêtises de temps à autres et tes défauts m’agaceront toujours. Mais je sais qu’on continuera à rire aux éclats pour des conneries, à avoir ces références qui ne font rire que nous. Quoi qu’il arrive, on aura toujours ce passé commun et ces expériences partagées.

Les relations entre frères et soeurs sont uniques. Elles sont plus ou moins imposées, on nous inculque qu’on doit s’aimer. Et parfois ça ne saute pas aux yeux, ce n’est pas si évident. La société nous livre une représentation de ces relations un peu idyllique mais ce n’est pas toujours rose pour tout le monde. Il faut parfois plusieurs années pour que les choses s’apaisent. 

 

 

Quoi qu’il arrive, tu resteras ma petite soeur. Celle à qui j’ai lu des histoires (sans savoir lire…). Celle à qui j’ai éclaté (sans le vouloir, je le jure) la tête contre un mur, celle que j’ai entraîné dans de nombreuses aventures, celle avec qui j’ai fais des balades à poney. Tu es aussi celle avec qui on a fait des concours de bombe dans la piscine. Tu resteras celle à qui j’essaie d’apprendre à parler, celle avec qui je parle de nos parents. Celles dont j’arrive maintenant à déchiffrer les accès de colère et les emportements. 

Tu es et tu resteras toujours ma petite soeur. Et même si notre relation n’est pas parfaite, je chercherai toujours à te protéger et à t’aider à grandir. 

 

6 commentaires pour “Comme chien et chat mais s’aimer quand même…

  1. C’est un très beau texte plein de sincérité que tu nous livres là.
    J’ai un frère de deux ans mon aîné et je sais à quel point les relations frère sœur ne sont pas aussi simples et simplement remplies d’amour et de complicité qu’on voudrait que ce soit.
    J’ai cette chance immense d’avoir toujours été très complice avec mon frère, de partager mille références, mille compréhensions sans aucun mot que personne d’autre ne partage avec moi ou avec lui.
    Au point que sa copine peut parfois s’en sentir jalouse.
    Mais on s’est aussi beaucoup blessés, on s’en est voulu… Et il n’y a pas deux années où notre relation a été la même.
    Ca change, ça bouge. En grandissant on comprend mieux, comme tu le décris si bien, on comprend pourquoi l’autre fonctionne de telle ou telle façon. Et sur certains points, ça rapproche, sur d’autres parfois, ça peut éloigner, aussi.
    Je crois que c’est la relation la plus belle et la plus complexe en même temps que je connaisse.
    Merci pour tes mots.

    1. C’est une chance à mon sens d’avoir une telle relation avec ton frère ! J’aimerai avoir la même !

  2. Encore une fois, c’est fou comme je me retrouve dans ton article.
    Moi c’est un petit frère que j’ai, et nous avons vécu à peu de choses près la même chose.
    A tel point que je me suis toujours dit que plus tard je voudrais un enfant unique !
    Aujourd’hui, 600 kilomètres nous séparent, nous nous parlons rarement mais il nous arrive de nous envoyer un SMS quand nous voyons quelque chose de drôle ou qui nous rappelle un souvenir commun. Je sais qu’il ne sera jamais le petit frère que j’aurais voulu avoir (je me sens un peu honteuse de dire ça) mais j’essaie d’être plus patiente et moins fermée avec lui car je réalise avec le temps à quel point cette relation est importante dans une vie…

    1. Je crois qu’il n’y a pas à avoir honte…
      Quand ça ne le fait pas avec qqun, on ne devient pas ami. Alors pourquoi ce serait différent ?
      Je crois qu’il faut juste profiter de la relation que vous avez et prendre comme ça vient 😉

Laisser un commentaire