Rapport au corps : le body positivisme n’est pas une solution magique

 

Le rapport au corps, c’est quelque chose de compliqué de base je pense. Le corps c’est la première chose que les autres voient de nous. Sans notre corps, nous ne faisons pas grand chose au final. Il est ce vaisseau dans lequel l’esprit embarque pour faire son chemin dans le monde. Sans être aussi ésotérique, c’est tout simplement un des biens les plus précieux que nous ayons. Mais ce n’est pas toujours facile de s’entendre avec lui, d’en prendre soin et surtout de l’aimer. 

 

Un contexte actuel peu évident pour les femmes

Depuis des siècles, le corps des femmes est perçu de manière particulière. Il cristallise de nombreuses envies, représentations et symboles. Depuis toujours la femme n’est pas censée être débrayée, négligée. La femme doit être apprêtée, pomponnée, soignée. Une « vraie » femme doit prendre soin de son corps. La pression sur les femmes, c’est depuis toujours, quoi qu’on en dise. On nous éduque comme ça. Et même si ce n’est pas le cas, les femmes se comparent énormément entre elles. De là, elles sont souvent très dures avec elles même, très critiques et obligées de beaucoup de choses. De nos jours, la publicité omniprésente et les réseaux sociaux se chargent de nous définir l’étalon sur lequel tout le monde est prié de s’aligner. 

 

De là est né le body positivisme. 

 

Le « Body-Posi », ou « Body Positive » est un courant qui vise à aider les femmes à s’accepter telles qu’elles sont, et à apprendre à s’aimer, loin des diktats de la société actuelle. [Marie Claire]

 

 

L’idée c’est d’accepter son corps comme il est, avec ses défauts mais surtout avec ses qualités. C’est de s’affranchir des modèles tout faits et de définir SES propres critères d’appréciation. Personnellement j’ai un problème avec le body positivisme. Il y a deux choses. Premièrement, c’est associé au sur-poids. Dans l’imaginaire collectif, le body positivisme c’est s’accepter ronde, c’est s’accepter pulpeuse. C’est s’aimer en faisant un 40/42/44/46 (selon la taille qu’on fait s’entend). Le body positivisme, pour la plupart, c’est réserver aux rondes. Autre point qui me dérange, c’est que ça vire au culte du surpoids pour certains. Parce que dire « je suis ronde/grosse et je m’aime comme ça » c’est à la mode. Et quand je dis grosse, je le dis comme je dirais mince, ce n’est en aucun cas un jugement de valeur. Et je suis désolée d’avoir à le dire mais à partir d’un stade, le surpoids est dangereux pour la santé. Et dire « oui mais j’aime mon corps comme il est », c’est super mais ça n’empêche pas les problèmes articulaire et les problèmes cardio-vasculaire (pour ne citer qu’eux).

Le body positivisme, ça devrait surtout être un esprit sain dans un corps sain. Ca devrait tout simplement être de se sentir bien dans son corps, en prendre soin et lui donner la possibilité de nous porter le plus possible sans que ça vire à l’obsession, au contrôle permanent. Et surtout le body positivisme, ça concerne tout le monde, sans poids minimum. Parce que oui, le « body posi » me pose aussi problème car ça devient une chasse à la maigreur. Ca aurait presque l’effet inverse en stigmatisant les personnes avec des corpulences fine à très fine. 

 

Mon rapport à mon corps : compliqué depuis toujours

Il faut savoir que j’ai toujours été complexée par mon corps d’une manière ou d’une autre. Vous ne savez pas trop à quoi je ressemble donc difficile pour vous d’estimer s’il y a de quoi ou non… J’ai toujours été un petit modèle comme dirait l’autre. Très fine, pas très grande, très longiligne. Depuis l’âge de 12 ou 13 ans, j’ai toujours été complexée par quelque chose : ma petite taille, ma poitrine réduite, mon nez trop comme ci, mes fesses trop plates,… Mon rapport avec mon corps a été marqué par plusieurs facteurs, qui ont influencé la perception que j’en ai. 

 

 

Déjà, je suis entrée dans la puberté sous contrôle médical. J’ai un syndrome génétique qui a impacté ma croissance. Cela a été détecté par le merveilleux médecin généraliste que nous avions. Il m’a orienté dans un hôpital parisien qui m’a suivie pendant deux ans pour m’administrer un traitement à l’hormone de croissance. Quand vous avez 11 ans et qu’on vous annonce que si rien n’est fait, vous ferez 1m40 environ, ça vous fout une grosse claque dans la tronche. Alors des piqûres quotidiennes, vous ne réfléchissez pas, vous dîtes oui. Alors pendant deux ans, ce corps c’était surtout un poids. Piqûres, injections, prise de sang, mesures, hôpital, … Pas franchement le top de l’éclate. Ce corps c’était surtout ce truc que je me traînais en me disant « je ne suis pas comme tout le monde et j’ai l’occasion d’y penser tous les jours à 20h pendant mon injection ». A 12 ans, c’est pas évident d’aimer son corps dans ces conditions. 

 

Quand le corps de fille devient celui d’une femme

Comme beaucoup, ce traitement s’est associé à un contrôle de la puberté. Ma puberté a été stoppée chimiquement pour me donner un délai supplémentaire. Ma puberté est repartie à 14/15 ans environ. Ce qui veut dire que j’ai eu de la poitrine et mes règles plus tard que mes copines. Que moi qui était déjà toute fine, j’ai gardé un corps d’enfant plus longtemps. Et génétiquement je n’étais déjà pas pré-disposée à avoir un corps tout en formes. Quoi que quand je vois ma soeur, je me pose des questions ^^ Aujourd’hui, je conserve un corps assez juvénile avec des hanches très fines, une poitrine de petite taille, … Et tout cela a fortement impacté ma perception de moi même comme une femme séduisante, capable de plaire aux hommes. 

 

 

Je suis aussi devenue femme en ayant cette perception du corps comme un objet à qui on fait un peu ce qu’on veut au final. Ce corps c’est quelque chose qu’on peut piquer, faire grandir à souhait, dont on peut modifier les hormones. Ajoutez la pilule à tout ça, bah ça fout un beau bordel.  Mon corps, je vous l’ai déjà dit, est quelqu’un que j’ai beaucoup de mal à écouter. Souvent, je le force, je lui fais faire ce que je veux comme je veux. Souvent il a du crier pour que j’accepte de l’écouter. Je n’ai pas été éduquée dans un cocon. On m’a appris que quand on a mal au crâne, on prend un doliprane et on va à l’école. 

 

Le poids idéal n’est pas sur la balance

Pour beaucoup, j’ai de la chance. Tout simplement parce que je peux manger McDo trois jours de suite, clôturer par une pizza et perdre 500g. Je me pèse de temps en temps mais plus par curiosité. Je n’ai jamais besoin de me priver ou de me contrôler. Je fais 1m60 et j’ai un poids de forme à 43/44kg. Quoi que je fasse, je reviens toujours à ce poids là. J’ai un corps et un métabolisme qui se régule assez bien seul. Si je mange moins pendant une période, que je saute des repas et que je me « prive », mon corps ne va pas pour autant stocker pour compenser quand je vais remanger. J’ai un IMC à 17,5. Si vous regardez, ça va vous dire que je suis en dénutrition stade 2. Ouai. Ou pas. Mon médecin m’a dit un jour que j’ai un corps et un métabolisme qui font qu’à 50 ans, même après des enfants j’aurais un IMC à 20. Celui dont beaucoup de femmes de cet âge là rêvent mais que la plupart ne pourront pas avoir. 

 

 

Alors où est le problème me direz-vous ? Et bien le problème c’est qu’à 26 ans, j’ai entendu je ne sais combien de fois que j’étais anorexique. Que j’étais trop maigre. On m’a même demandé si j’étais boulimique en voyant ce que je mange et mon corps malgré tout. Est-ce que les gens ont conscience de la violence de leur propos ? Sans déconner. Sachez que la minceur et la maigreur sont deux choses différentes. Que l’anorexie est une maladie mentale. Et qu’être aussi mince n’est pas toujours facile. Beaucoup vont penser que c’est un problème de riches, que je ne peux pas me plaindre. Pourtant, ça ne veut pas dire que je m’aime physiquement. Je ne me trouve pas sexy, pas femme, pas sensuelle. Bien souvent, j’ai l’impression d’être une gamine à côté des autres femmes de mon âge, ou même de filles qui ont 20 ans. S’habiller ça peut parfois être une galère. Pendant plusieurs années, il n’y a que quelques magasins où je pouvais trouver des pantalons à ma taille. Et combien de personnes se sont gentiment moqués en me disant « et sinon au rayon enfant c’est aussi trop grand? ».

 

Pour conclure, je dirais qu’il n’y a pas de corps idéal, qu’il n’y a pas de situation parfaite et qu’on veut toujours ce qu’on n’a pas. Qu’on soit maigre, mince, moyen, gros…. On peut tous avoir du mal à aimer son corps et on a tous un travail à faire sur soi pour le considérer avec plus de bienveillance. Le poids idéal n’est pas sur la balance, il est dans la perception de votre corps. La beauté n’est pas dans les magazine, elle est dans les yeux de ceux qui vous aiment. Et prendre soin de son corps, ce n’est pas que le nourrir et lui appliquer des tonnes de produits. C’est avant tout l’écouter et lui donner ce dont il a besoin pour rester en condition optimale. 

 

 

 

 

14 commentaires pour “Rapport au corps : le body positivisme n’est pas une solution magique

  1. C’est vrai qu’on oublie parfois que même si l’on répond aux diktats de la société (ceux des magazines donc) cela ne veut pas nécessairement dire que l’on est à l’aise avec… Beaucoup de personnes s’imaginent qu’être fine est forcément facile à vivre, alors que de manière générale, toute différence par rapport à la norme la rend forcément un peu compliquée à gérer. C’est pour ça que je trouve que les mouvements body positive sont assez valorisant, sans le sens où ils mettent en avant une diversité des corps qui fait du bien et permettent tout simplement de se rendre que la différence est tout ce qu’il y a de plus normal !

    1. Personnellement, je trouve que le body postivisme, c’est surtout « sois ronde et aimes toi ». Ou disons que certains autres mouvements s’en sont emparé. Mais c’est vrai qu’à la base, ça reste ça !

  2. Bonjour, très bel article vraiment …J’ai été touchée…J’ai moi aussi eu ce traitement d’hormones de croissance de l’âge de 7 ans à 13 ans (début des règles) et depuis j’ai pris des formes (fesses et hanches) pas forcément où je voudrais en somme! Mais comme tu le dis, l’important est de s’accepter tel que l’on est…En tout cas, merci pour cet article car c’est la première fois que je lis quelqu’un qui a vécu semblablement la même chose que moi durant l’enfance et ça fait du Bien! Bonne continuation.

    1. Merci 🙂
      On en parle peu mais pourtant pas mal de monde est concerné.
      Tu l’as fait très tôt ! Je me rappelle d’une petite fille que j’avais croisé à l’hôpital. Elle avait 9 ans et sa puberté avait débuté donc il fallait lui donner un coup de pouce.

  3. Bon, évidemment tes « mensurations » me font rêver, cela dit je pense qu’il y a une dizaine d’années je ne devait pas en être très loin 😛 Comme toi je suis un petit modèle en taille et comme toi j’ai toujours eu beaucoup de mal avec mon corps. Je n’ai pas eu d’injections ni rien mais ma puberté a commencé … au lycée !
    Les grossesses ont aussi fait pas mal de dégâts.
    Mais comme tu dis, pour certains mon corps serait peut être parfait, pour d’autre non … et c’est bien sa propre perception qui compte ! Et ce n’est pas aussi facile que de se lever un beau matin en se disant « allez, j’adopte la body positive attitude » !! D’ailleurs je dois avouer que je doute parfois de la sincérité de certains de ses pourfendeurs … Bref, écouter son corps et tout simplement s’écouter pour savoir ce que l’on veut et ce à quoi l’on aspire, c’est aussi et surement plus ça; le « body positivisme » : c’est une démarche personnelle qui ne peut pas faire de généralités tant il y a de cas particuliers 🙂

    1. C’est aussi normal que la vie marque le corps. Les grossesses, les différents accidents, les maladies… Tout ça laisse des traces, c’est dans la logique des choses. Et il ne faut pas chercher à aller contre je crois. Bon sans se laisser hein !
      Et comme toi, l’hypocrisie de certains à propos du body positivisme me révulse un peu…

  4. Le body positivisme, c’est vraiment accepter TOUS les corps et c’est dommage que ce soit une manière de juger les gens (mais je t’accorde que les médias déforment le sujet… comme tous les sujets d’ailleurs, y a-t-il un seul mouvement que les médias ne finissent pas par dénaturer ?) Je t’invite à visiter le blog de L’utOptimiste qui référence régulièrement les articles sur le body positivisme qui parle des gros, des minces, des handicapés, etc… une vraie source de sagesse.

    1. Qu’est ce que tu entends par « manière de juger les gens »?.
      Effectivement les medias déforment beaucoup de choses. C’est pour ca que je trouve important d’en parler, pour prendre du recul et relever un peu le nez…

  5. Merci pour ce post! IMC à 17,5 mois aussi à 36 ans. J’étais à 18-18,5 à ton âge, sans m’en rendre compte (je ne me pèse jamais) j’ai maigri en vieillissant.. Ras-le-bol d’entendre qu’un corps de femme ça a des seins, je n’en ai quasiment pas et c’est comme ça! Il y a plusieurs forme de corps féminins comme masculins et du moment qu’on est en forme, et bien notre corps fait son job! Je tiens également à préciser que je n’ai jamais eu de problèmes pour plaire à la gent masculine comme quoi il n’y a pas un seul type de morphologie qui plaît aux hommes!

    1. Tout à fait ! Il en faut pour tous les goûts !
      D’ailleurs mon chéri me trouve très bien comme ça 😉

  6. Je suis parfaitement d’accord avec ta conclusion. L’important est de s’écouter, de prendre soin de soi et notre corps nous le rendra. Et quand on parle du corps, ce n’est pas seulement l’enveloppe physique mais aussi l’intérieur c’est pour cela que je te rejoint aussi quand tu dis qu’il est important de mener le plus sainement possible.
    J’ai un ami, qui est un peu comme toi, très fin et qui peux manger n’importe quoi sans grossir (d’ailleurs, je ne sais pas si c’est une bonne chose). Le sport, lui a permis de prendre quelques kilos et d’avoir une silhouette plus musclée.
    A contrario, ma sœur a des soucis avec sa thyroïde et prend beaucoup de poids sans faire d’excès.
    En fait, je pense qu’il faut accepter tous les physique quelqu’ils soit, car on ne sait rarement pourquoi la personne en face de nous est fine ou enveloppée. Et il est réducteur de penser que si elle est trop maigre, c’est forcément qu’elle est anorexique et si elle est trop grosse, c’est parce qu’elle ne fait pas attention à ce qu’elle mange.
    Bon, désolé encore pour le pavé, mais ton article m’inspire 🙂

    1. Effectivement, je ne sais pas si c’est bon de pouvoir manger n’importe quoi sans grossir. Ca n’encourage pas à faire attention à son alimentation.
      Et qui plus est, je ne sais pas quelles sont les conséquences sur le long terme d’avoir un métabolisme comme le mien qui carbure sans arrêt…
      Et ne t’excuses pas ! Le but de cet article (comme de tous les autres d’ailleurs), c’est de lancer des discussions et des échanges alors je suis très contente s’il t’inspire !

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