Les lectures romantiques pour ado : quel est le problème ?

 

Comme beaucoup, au fil de mes lectures, j’ai lu des romans d’un genre qu’on appelle New Romance. J’ai lu des After, j’ai lu des 50 nuances, j’ai lu des Beautiful and co. C’est loin d’être de la grande littérature mais disons qu’au bord de la piscine, c’est distrayant. Ca se lit facilement et c’est pas trop prise de tête. Mais au fil du temps, il y avait un truc qui me dérangeait. J’ai eu du mal à mettre le doigt dessus mais ça a fini par arriver. Ces bouquins me posent un souci. Les lectures romantiques pour ado ont des aspects qui me gênent et ce au delà de la qualité de l’oeuvre littéraire en elle même.

Des lectures « romantiques » mais toujours les mêmes. 

Comme je le disais, j’ai lu quelques uns des bouquins de ce genre très en vogue chez les adolescentes et jeunes adultes. Mais assez vite, je me suis rendue compte que je refermais le bouquin et pouf. Pouf. Aucun souvenir ou presque de l’histoire. Et c’est dû à une seule chose : l’histoire est toujours la même. Si je vous résume en quelques mots l’histoire, vous allez vous rendre compte que la trame est commune à tous ces bouquins et que par conséquent, la fin est carrément prévisible. Et personnellement, payer x bouquins pour avoir toujours la même histoire, j’ai du mal à voir l’intérêt.

Pour ceux qui ne seraient pas familiers du genre, voici en gros ce que ça raconte : une nana pas très sûre d’elle rencontre un mec absolument canon. Elle est subjuguée à tel point qu’elle fait une impasse totale sur tous les signaux que lui envoie la vie pour lui dire que ce mec n’est pas pour elle. Mais après tout, il est incroyablement doué dans tout ce qu’il entreprend, sportif ou alors il n’en a pas besoin car il est naturellement bien gaulé, il gagne un paquet de fric, il ensorcelle toutes les nanas qu’il croise. Et bien sur, il va poser les yeux sur notre héroïne et tomber sous son charme en un rien de temps. Souvent, il y a un traumatisme dans sa vie, qu’il ne révèle à personne. Sauf à la femme qui va partager sa vie forcément. Elle va l’aider à avancer, il change pour elle et il vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. 

 

 

Et régulièrement, la femme est soit naïve et prude soit limite vicieuse et mauvaise. Elle est nécessairement admirative de l’homme. Et l’histoire est pratiquement toujours écrite de son point de vue (hormis les spin off qui sont écris par la suite…). Pour une simple et bonne raison : le genre littéraire s’adresse avant tout à des jeunes femmes de 15-25 ans. Et il faut donc qu’elles puissent s’identifier à l’héroïne pour que ça les touche et que ça leur donne envie de lire.

 

Ca n’a de romantique que le nom

Que l’histoire ne soit pas franchement évoluée et originale, à la limite on s’en fout. On se lasse au bout d’un moment et puis voilà. Ce qui me gêne véritablement c’est l’image du couple, du sexe et d’une relation homme-femme.

Dans ces bouquins, une fois sur deux, l’un a une sexualité qui sort de la norme. Je ne dirai pas déviante parce que ce n’est pas de ça dont il s’agit. Mais on a régulièrement des pratiques peu communes. Ca ne serait pas un problème en soi si les auteurs savaient de quoi ils parlent. Sauf qu’en l’occurrence, c’est loin d’être le cas. 50 nuances avait notamment généré des coups de gueule. Des gens qui pratiquent la soumission dans le sexe et qui ont des rapports dominants/dominés ou encore le sado-masochisme dénonçaient la mascarade que décrit le bouquin. Souvent ces pratiques sont décrites sur la base de clichés et on en fait presque quelque chose de grotesque. 

Ce qui me gêne également c’est le fait que le sexe est toujours associé à un extrême. Il faut qu’il implique des rapports brusques voire la violence bien souvent. Dans tous les cas il est forcément extraordinaire. Le mec n’a jamais de panne, la nana a un orgasme limite rien qu’en le regardant (ou alors en trois secondes chrono quand il la touche). Ce qui me pose problème c’est le fait que ces romans prennent place dans des environnements réels, dans la vie de tous les jours. Il ne s’agit pas de science-fiction. En revanche le sexe tel qu’il est décrit dans ces romans frôle la science-fiction. On est loin de la réalité. Je ne vais pas vous ressortir les statistiques mais on nous répète assez souvent comme ça que ce n’est pas du 100% et que c’est fluctuant. Et surtout que parfois, ça peut tout simplement être un moment simple et ordinaire, mais qui témoigne juste de la tendresse, de l’amour ou du désir que se portent deux personnes. Juste ça. 

 

 

Vous pourriez me dire qu’on s’en fout après tout. On est assez grandes pour prendre du recul. Que ce genre de lecture sert avant tout à stimuler l’imagination, à pimenter un peu les lectures du quotidien. On pourrait penser que ça sert uniquement à nous faire « rêver » au prince charmant. Mmmmh… Sauf qu’imaginez l’effet que ça peut avoir sur une jeune fille de 15 ans qui est en train de se construire, qui n’a encore jamais eu de relation avec un garçon. Imaginez le référentiel qu’elle est en train de se construire. Je souhaite bon courage aux mecs qu’elle va croiser parce qu’elle risque d’avoir des attentes qui ne sont pas les bonnes. On sait que nos lectures ont un impact sur notre vie, que ce soit conscient ou non. Dans la vie de tous les jours, on fait aussi des lessives et la vaisselle, ainsi que les courses. Dans la vie de tous les jours, il y a des périodes de temps morts de quelques semaines voire de quelques mois (incroyable mais vrai !) sans que ça veuille dire quelque chose de précis. La vie romantique et amoureuse n’est pas celle décrite dans ces bouquins. Tout comme il n’est pas systématique qu’un mec vous chante la sérénade sous la pluie, vous couvre de cadeaux ou renonce à tout pour vous. Et il arrive rarement qu’un mec change complètement pour les beaux yeux d’une fille. 

 

Le scandale Outrage : quand la littérature va trop loin

Il y quelques mois maintenant, une vague a déferlé sur le genre littéraire. Une auteur a fait publier par une certaine maison d’édition familière du genre New Romance et Young Adult, un roman qui a beaucoup dérangé. Il raconte l’histoire d’une jeune femme : « Elle fuit l’amour par peur de l’attachement. Elle est perverse, passionnée, cyclique, addict au sexe et à l’alcool mondain. Mais ce soir-là, dans un bar, elle tombe amoureuse d’un être qui lui ressemble, peut être un peu trop. […]Lui, c’est Alex, un artiste paumé, un je-m’en-foutiste tout aussi névrosé qu’elle. Rose va vivre cette passion destructrice où Alex la guide, la commande, la déconstruit, la fabrique, la façonne… […] Puis vient la douleur du déchirement. Alors, elle va essayer de noyer ses maux dans la seule addiction qui lui permet d’échapper à la douleur : le sexe. ». Sauf que sous les termes amour et traumatisme, on retrouve viol, violence, zoophilie, pédopornographie. 

 

 

Autant vous dire que ça en a choqué plus d’un(e). Et ça me semble bien normal. Le problème, c’est surtout que ça a été assimilé à de la lecture romantique. Ca n’a rien à voir avec ce genre de lecture. Imaginez ce que ça peut causer chez des ados qui lisent ça. Même moi, je pense que si je l’avais lu, ça aurait pu me choquer pour un bon moment. La maison d’édition a eu beau justifier son choix de faire paraître ce roman, expliquer que ce n’était pas le même public… Toujours est-il que rien que par la maison d’édition et la thématique générale, le tout fait un bel amalgame. Quand vous lisez le résumé vous n’imaginez pas deux minutes sur quoi vous allez tomber. A quelques mots près, on se dit qu’on va tomber sur n’importe quel roman de New Romance. Sauf que ça n’a strictement rien de romantique. 

 

Alors la lecture romantique, on en fait quoi ? Personnellement, je ne dis pas qu’il faut tout jeter et brûler. A chacun de savoir ce qu’il lit, de savoir prendre le recul nécessaire et faire la part des choses. Je dis juste que les auteurs ont une responsabilité du fait de l’engouement que provoque le genre. Ils sont lus par un public jeune et influençables. Partant de là, c’est à eux de faire attention à ce qu’ils écrivent. Et les maisons d’édition devraient parfois réfléchir à deux fois. Qui plus est, la notion de qualité est subjective… Mais tout de même, on peut parfois relever le niveau sans trop d’efforts. 

 

 

14 commentaires pour “Les lectures romantiques pour ado : quel est le problème ?

  1. Je n’ai lu que les 50 Nuances au moment où ça faisait un carton en librairies. J’avais aimé le premier tome mais les autres étaient trop fades et « cucul » pour moi. J’étais peut-être déjà trop vieille pour croire qu’un homme peut changer à ce point par amour! Haha 🙂 Pour le reste, j’ai lu des résumés mais à chaque fois ça me semble être la même histoire, et la naïveté de l’héroïne m’exaspère (ce qui me gonflait déjà avec 50 Nuances). En ce qui concerne le sexe, je pense qu’il faudrait plutôt faire attention à la façon dont ces romans sont rendus disponibles aux jeunes lectrices (quatrième de couv’, éditions..), mais pas les censurer. Quand on lit ce genre de roman, on recherche quelque part le rêve, le fantasme…pas les pannes et les longueurs. Mon vai bémol pour cette littérature c’est vraiment le manque d’originalité.

    1. Bah c’est un peu le gros défaut de ces bouquins selon moi, comme je le dis dans l’article. Les nanas sont un peu des cruches sans cervelle…

      Pour ce qui est du sexe, tu as raison. Le problème je trouve c’est qu’en l’occurrence, les fantasmes qu’ils véhiculent sont tronqués. Même si chacun est libre de faire ce qu’il veut et de « créer » ce qu’il veut avec son partenaire (tant que c’est dans le respect s’entend), sans avoir besoin de mettre une étiquette dessus. Il y a des livres qui sont bien mieux pour ça que la new romance. Mais moins mis en avant.

  2. Je t’avoue que j’ai lu after, cependant depuis les 50 nuances de grey il en sort je sais pas combien par jour dans le même genre. Je n’ai rien contre les scènes de sexe dans les livres si elles s’intègrent à l’histoire mais j’ai plus de mal quand c’est du sexe pour du sexe. Surtout que certains des auteurs ne sont pas très subtils et c’est clairement la même chose que si tu regardais un porno et en plus ça n’apporte rien à l’histoire. Dans une époque où on parle des agressions faites aux femmes, celles-ci sont clairement représentées dans ce genre d livre comme des femmes qui ont besoin d’être secourues par des mâles en rut !! Tu sais de la même manière, la saga hunger games avait fait fureur chez les ados mais quand on y pense ce sont des enfants qui s’entretuent, dis comme ça c’est violent. Je sais pas, soit c’est moi qui suis à présente une vieille ou une éternelle rêveuse mais d’un côté ça me gêne un peu comme toi. Il ne faudrait pas que les ados qui sont un peu plus influençables pensent que la norme ce sont ce qui se passe dans ces livres…bref super article.
    Je t’embrasse.

    1. J’en ai lu un certain nombres, dont 50 Nuances.
      Les films sont une daube sans non, j’ai eu du mal à regarder le 1 jusqu’à la fin, j’ai fait impasse sur les autres.

      Et comme toi, le sexe pour le sexe, je ne vois pas l’intérêt et bien souvent… je zappe.

  3. Aucune fausse note dans ce billet ! Un justesse et un point de vue équilibré qui me plaisent beaucoup 🙂
    Je suis à 100% d’accord, raison pour laquelle j’ai refusé de voir et lire la série des 50 nuances. Pour ma part
    purement commercial. Avant que ce livre ne soit adapté au cinéma, la moitié de la planète ne le connaissait même pas.
    On pourrait donc en déduire que ce livre ne vaut pas son succès sans cette adaptation…
    Le pire c’est que certains de mes lecteurs m’ont dit que le premier opus de ma saga commençait comme ce genre de livre 😮
    Alors qu’en faites, c’est loin d’être ça, surtout si je tiens compte du genre que prend le 2ème opus.

    J’ai trois grande filles, toutes déjà casées et ça ne me gênerait pas qu’elles lisent ce genre de bouquins. Mais étant ados, j’avoue que quelques explications ce seraient imposées !
    Merci beaucoup pour cette lucidité, ça me rassure que certains voient clairs :-p

    1. 50 Nuances et quand même assez connu. Mais personnellement je n’ai pas été voir les films au cinéma. J’ai vu le 1 par la suite mais je n’ai pas réussis à la finir.
      Effectivement, je pense que ce n’est pas à laisser entre toutes les mains !

  4. Je partage beaucoup ton point de vue. J’aimerais pouvoir lire des livres de ce genre qui ne me font pas hurler parce qu’ils véhiculent des idées à moitié dangereuses. La série « la candidate » (je crois ?) se passait dans un futur alternatif avec une royauté aux Etats-Unis et un paquet d’autres différences … mais la trame de l’histoire était à peu près telle que tu la décrit.
    Bien sûr, il y a d’autres lectures légères mais c’est un tout un genre qui souffre des mêmes clichés.

    1. Il y a d’autres lecture érotiques qui sont d’un bien meilleur niveau. Mais pour ça, il faut aller dans les bons rayons des librairies…

  5. J’ai lu le premier tome de AFTER. Pfiouuu ! C’est quand même bien cru comme bouquin. Je me dis que les jeunes qui lisent ce type de livres ont/auront une vision bien tronquée de l’amour et de la sexualité. Ma fille allant sur ses 13 ans, je m’interroge d’autant plus sur le contenu de ces livres pour ados.
    Pour les 50 nuances de Grey, j’ai toujours refusé de le lire et de voir les films qui en découle. Honnêtement, je ne comprends pas l’intérêt que porte les gens à ce genre d’histoire…

    En tout cas, merci pour cet article très intéressant et très bien écrit. Je reviendrais avec plaisir lire vos autres posts. 😉

    1. C’est vrai que pour ma part, n’ayant pas d’enfant, je ne m’inquiète pas. Mais je ne sais pas j’aurai envie que mes filles lisent ça…
      After c’est pas spécialement cru. Enfin pour les avoir lu, c’est surtout un peu gnangnan, plein de violence et la fille est une cruche.

  6. Je ne lis jamais de romance parce que je ne crois plus au Prince Charmant depuis bien longtemps et que ce genre de récit m’exaspère. Maintenant, chacun lit ce qu’il veut… Mais ce que je vois dans ton article, c’est que le genre New Romance agit pour les jeunes filles de 15-20 ans comme le porno pour les jeunes garçons du même âge: un exemple à atteindre, une sorte de mode d’emploi des relations amoureuses et sexuelles. Et là, c’est carrément flippant. Il faudrait peut-être que ces maisons d’édition proposent d’autres alternatives (sauf qu’on sait qu’ils publient ce qui se vend).

    1. Ca se vend comme des petits pains alors je doute qu’ils changent quoi que ce soit… Ceci étant, je trouve important d’expliquer à certaines que ce n’est pas la vraie vie…

  7. Hello,
    Juste un grand merci pour cet article. Je suis mille fois d’accord avec tout ce que tu écris. Je ne peux rien dire de plus ou de mieux.
    Merci beaucoup.

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