A fleur de peau : l’histoire d’une grande sensibilité

 

Depuis que je suis toute petite, un de mes traits de caractère principaux, c’est ma grande sensibilité.  A la base de cet article, je voulais vous parler de ma grande sensibilité, de ce que ça signifie au quotidien. Et puis en faisant des recherches, je me suis rendue compte que ça avait un nom : l’hypersensibilité. Après en avoir parlé avec mon psychiatre, j’y vois un peu plus clair. 

L’hypersensibilité, ce trait de caractère pas si particulier

C’est un trait de caractère (et non une maladie) qui touche une personne sur cinq. Donc en soi, c’est assez commun vous me direz. Il y a plusieurs formes d’hypersensibilité. Elle peut être physique, intellectuelle, émotionnelle. Elle est définie comme « une sensibilité supérieure à la moyenne, extrême ». 

L’hypersensible va selon son « type » remarquer beaucoup de détails, avoir un toucher ou une ouïe très développé, ressentir des émotions très violentes (de par leur intensité). Il a des sens plus développés. Les émotions ne sont pas liées au sens mais elles sont liées à notre perception des choses, tout comme nous percevons des sons, des stimulis, des couleurs, la lumière, des goûts, des odeurs…  

L’hypersensibilité émotionnelle, c’est le fait de réagir très fortement aux stimulis émotionnels, qu’il s’agisse de ses propres émotions ou de celles des autres. Longtemps, je ne me suis pas considérée comme hypersensible car pour, moi, mes sens étaient « normaux ». Mes 5 cinq sens sont les mêmes que les vôtres. Je n’ai pas une ouïe ou un toucher particulier. Je suis plus sensible  certaines choses mais comme tout le monde. Et pourtant. Pourtant, ma sensibilité émotionnelle n’est pas commune. 

 

 

Ma grande sensibilité, elle se traduit comment ?

Si je devais me résumer en deux mots, je dirais éponge et débordement.

Je suis hyper émotive. Je suis une vraie éponge à émotions. Donc j’absorbe, j’absorbe. Et puis quand une éponge est trop pleine d’eau, bah elle coule… Et moi c’est un peu pareil. Je ressens les émotions, qu’elles soient miennes ou celles des autres, très fortement. J’en avais déjà parlé ici. Les émotions sont pour moi comme des vagues. Elles peuvent monter puis refluer ou alors me submerger. Je n’ai jusqu’à présent pas trouvé de meilleure image que celle de l’eau qu’on ne peut pas contrôler et contenir quand elle se déchaîne. Et la réaction, c’est les larmes. Je suis une vraie madeleine. Là encore, elles coulent facilement, qu’il s’agisse de positif ou de négatif, même si le négatif est plus concerné. Mes émotions sont tellement fortes que parfois, elles se manifestent sans que mon cerveau ait eu le temps de les appréhender et de mettre des mots dessus. 

Mon hypersensibilité naît et se manifeste énormément dans mon rapport aux autres. Je suis empathique. Je ne ressens pas les sensations des autres ou leur douleur. Ca ne m’est jamais arrivé. En revanche, je perçois énormément les changement d’atmosphère, les émotions des autres. Mon boss qui arrive en colère, ça va m’impacter directement et me stresser, même si je n’y suis pour rien. Une amie qui est triste, même sans qu’elle le dise, je vais le percevoir. Et ça va m’attrister, j’aurai le sentiment d’être impuissante face à ça. Avant toute chose, je suis très attentionnée et attentive. J’aime faire plaisir, j’ai à coeur de satisfaire et de plaire. Dans la même veine, le négatif m’impacte fortement. Je déteste le conflit, je le vis très mal, je déteste faire des vagues. Une dispute peut me faire très mal et fortement m’ébranler. Les critiques m’atteignent de plein fouet et sont synonymes de remise en question immédiate. Je suis le genre de personnes à qui ont dit souvent « tu te prends trop la tête », « c’est pas contre toi ». Je prends les choses très voire trop à coeur. Le jugement des autres est quelque chose qui me touche et qui a un impact puissant sur moi. J’ai très peur du ridicule, de ne pas être « comme tout le monde », de ne pas faire ou dire ce qu’il faut. 

Au niveau de mon caractère, je suis anxieuse de nature. Le changement en particulier me stresse beaucoup, même si c’est beaucoup moins vrai que dans ma « jeunesse ». Les détails sont autant de petites choses que je remarque même si je n’arrive pas toujours à mettre le doigt dessus. J’ai besoin que les choses soient logiques, cohérentes, qu’il y ait du lien entre elles. Quand je ne comprends pas, je vais décortiquer jusqu’à saisir le déroulement. Quand je lis ou quand j’écris, c’est très important aussi. Par exemple, quand j’écris un article, j’ai besoin d’une structure, qu’il y ait un fil rouge, que les idées soient liées et s’enchaînent. Autrement, ça me gêne et ça peut même me bloquer. 

 

 

A coeur ouvert : ma sensibilité sur mon visage 

De manière assez logique, je ne sais pas cacher ma sensibilité. Assez difficile quand vous vous mettez à pleurer vous me direz… Mon boss m’a dit une fois que je suis comme un livre ouvert. On voit sur mon visage ce que je ressens. C’est très difficile pour moi de faire semblant, de prétendre que tout va bien. A l’instant où l’émotion va s’immiscer dans ma tête, elle va s’afficher sur mon visage. Au travail, ça peut me jouer des tours parce que si un client me contrarie, que mon boss m’énerve ou qu’une collègue me blesse (oui, ça arrive) et bien impossible de garder la face. Poker face chez moi, c’est impossible. 

De la même manière, je ne sais pas aller contre une émotion. C’est surtout quand mon couple que ça peut être compliqué. Quand je suis agacée, vexée ou triste, j’ai du mal à avancer et à passer au dessus. C’est très compliquée pour moi de rétablir le contact avec l’autre, de passer à autre chose. Redire les premiers mots, retourner vers lui… Ca peut me prendre du temps ! Ce n’est pas de la fierté ou que je ne veux pas. C’est juste que mon corps ne peut pas ! Les mots sont là mais ils ne sortent pas de ma bouche. Je voudrais tendre la main mais elle ne bouge pas. 

 

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Mais je sais me convaincre moi même…

Je suis hypersensible émotionnelle et je ne peux pas cacher mes émotions. Par contre, je suis très forte pour me voiler la face et me convaincre moi même. Je ne sais pas faire semblant mais je sais me mentir à moi même. Quand je refuse les émotions, elles trouvent toujours un moyen de ressortir. Si je n’accepte pas mon angoisse, ma colère ou ma tristesse, elles ressortent d’une façon ou d’une autre. Je suis quelqu’un qui somatise beaucoup. Mon corps finit par me dire « hé dis donc cocotte, si tu veux pas écouter ta tête, moi je vais t’expliquer ». 

Souvent, quand ça ne va pas, quand je vis quelque chose de dur, qui me touche, qu’il y aurait des décisions à prendre, je me voile la face. C’est souvent des décisions qui implique le changement, une rupture, une cassure. Et quand on sait combien j’ai du mal avec ça. Si vous couplez cette difficulté à provoquer le changement à une gestion des émotions difficile, qui conduit à la ignorer (#coucoulautruche), et bien voilà ce que ça donne. Je fais comme si de rien était. Tout ça c’est très bien, mais au bout d’un moment, bah ça ne va plus. 

Je l’ai déjà dis ici plusieurs fois mais la thérapie m’a beaucoup aidée. Apprendre à gérer mes émotions, c’est aussi apprendre à vivre avec mon hypersensibilité émotionnelle. Oui je suis à fleur de peau, oui je suis un livre ouvert. J’ai appris que non ce n’est pas grave ni mal de ressentir des émotions. J’ai appris qu’on peut les gérer. Et surtout, qu’il faut les exprimer et les laisser sortir. J’ai le droit de craquer, je dois apprendre à écouter mon corps quand j’ai « oublié » d’écouter ma tête. Et surtout, que ça peut être une force. Parce que certaines émotions sont une force et les ressentir aussi fort en fait une qualité. 

 

 

Il parait que l’hypersensibilité (émotionnelle dans mon cas) peut-être quelque chose de positif. Pour ma part, je considère que c’est ma force autant que ma faiblesse. Elle fait de moi une personne meilleure mais aussi une personne plus fragile. Dans mon travail par exemple, elle m’apporte d’énormes ressources, mon envie de bien faire, ma rigueur… mais elle me rend très vulnérable aux échecs et au manque de reconnaissance. Dans mes relations avec les autres, je suis particulièrement dévouée et fidèle. Mais les ruptures et les déceptions sont très mal vécues. Mais je ne désespère pas de continuer à apprendre à vivre avec ! 

 

 

 

12 commentaires pour “A fleur de peau : l’histoire d’une grande sensibilité

  1. Je crois que si mes mots te touchent et les tiens me touchent c’est parce qu’on se ressemble bien plus qu’il n’y parait. J’ai eu l’impression de me voir dans ton article ! Comme toi je suis hypersensible et si je ne l’exteriose pas mon corps a s’en charger, notamment avec de l’eczéma !
    J’ai parfois beaucoup de mal à la gérer mais je reste persuadée que si elle peut être considérer comme une faiblesse, elle reste une force, notamment pour comprendre l’autre et avoir de l’empathie par exemple.
    La grossesse et la maternité renforcent cette hypersensibilité
    Bisous

    1. Alors je suis mal barrée ^^
      Au boulot ça peut être très compliqué… Quand les dysfonctionnement de l’entreprise rentrent en conflit avec ton hypersensibilité, y a de la casse… Mais comme tu dis, ça peut être une grande force. Je pense que mes aptitudes au management viennent justement de ma capacité à « sentir » les autres, de mon empathie.

  2. J’aime beaucoup cet article. Je suis également hypersensible et j’ai longtemps pris ce trait de caractère comme un handicap alors que quand on l’accepte, ça devient plus simple.
    J’ai d’ailleurs écrit un article sur le sujet et je me suis rendue compte que j’étais loin d’être la seule à être dans ce cas.

    1. Effectivement, en faire une force plutôt qu’une faiblesse aide beaucoup! L’acceptation est le début de beaucoup de choses…

  3. Je me reconnais dans plusieurs points que tu décris comme celui de faire comme si de rien n’était mais c’est vrai que d’une manière ou l’autre ça nous rattrape :/ en tout cas merci pour ton article 🙂

  4. Ton article est très touchant, je me reconnais bien dans tes mots. Je c’est pas si je suis hypersensible mais en tout qu’à je suis sur d’etre sensible ce qui agace un peu mon chéri je pleure très souvent. Même ça m’arrive de pleurer juste parce que je suis fatigué et c’est impossible pour moi de me contrôle.

    1. Parfois il ne faut pas chercher à se contrôler 😉
      Il y a des choses qui sont mieux dehors que dedans ! Après si ça devient vraiment invivable, il faut peut être travailler là dessus.

  5. Ton article est très touchant 🙂
    C’est loin d’être évident de gérer ses émotions, je comprends ce que tu veux dire.
    J’ai développé une forme d’hypersensibilité depuis que j’ai eu le diagnostic de sclérose en plaques, et je suis toujours en phase d’apprentissage :/

    1. J’imagine qu’un choc comme celui-ci doit avoir des répercussions à plusieurs niveaux… J’espère que tu es bien accompagnée pour avancer sur ce point !

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