Ce jour où j’ai décidé de parler

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J’ai toujours été une bavarde. Depuis enfant, je suis une pipelette, de celles qui ont toujours quelque chose à dire. Pas un avis sur tout, ne vous trompez pas, mais l’envie de partager. Quand j’étais petite, j’avais envie de raconter ma journée, de parler de la maîtresse, de mes copines, de celui qui avait fait ci ou ça. A table, je mange lentement mais en plus j’ai toujours un truc à raconter, donc c’est nécessairement moi la dernière à finir mon assiette.

De la difficulté de s’exprimer

Pourtant, je suis aussi celle qui peut tourner autour du pot pendant des dizaines de minutes pour demander une faveur à quelqu’un, pour exprimer un sentiment ou pour exprimer son mal être. C’est simple : dès qu’il s’agit de parler de mes émotions, je me verrouille à double tour. Je me souviens de ces moments où j’allais voir ma mère le soir, je m’asseyais à côté d’elle et je parlais de banalités. Elle finissait toujours par me dire « bon qu’est ce que tu veux me demander? ». Et je mettais encore bien 10 ou 15 minutes à lui demander si elle voulait bien m’emmener ici ou là, parce que oui je sais que t’as pas envie et que c’est à 20 min de la maison mais j’ai vachement envie d’y aller.

Et se taire

A partir du moment où je pouvais m’entendre dire non, où on pouvait m’opposer un refus, je n’osais plus. Pourtant, je n’ai jamais eu peur d’exprimer mon opinion. Mais je crois que formuler une émotion ou une demande c’était trop profond, trop personnel. J’avais peur d’être déçue, peur de me sentir rejetée. Je n’ai jamais eu peur de dire que je n’étais pas d’accord avec untel et je n’ai pas de problème avec le fait qu’on ne partage pas mon avis.

En revanche, qu’on puisse me dire « bah non, moi je ne t’aime pas » ou vivre la frustration du « non j’ai pas envie de faire ça pour toi », c’était trop risqué pour moi. Qu’on ne soit pas de votre avis, au final, ce n’est pas si grave. Mais la frustration, la colère, la tristesse, le rejet, ça c’est une autre histoire. Alors la petite fille au fond de moi a trouvé une solution bien à elle pour gérer ces émotions fortes et complexes : elle les a évité. Et pour ça, elle s’est tue.

 

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Décider de changer sa vie

J’ai grandis dans une famille où on ne parle pas. Plus le temps passe, plus j’ai l’impression que ce genre de famille est courant. On ne parle pas de ses sentiments et de ses émotions, il y a beaucoup de non dits. La colère reste muette. J’ai le souvenir de ces dîners où ma soeur et moi, on commençait à se bouffer le nez. La sanction était immédiate : « taisez vous et finissez votre assiette ». Pourtant, il aurait suffit de nous laisser nous exprimer calmement et posément chacune notre tour pour désamorcer le conflit et le laisser s’éteindre de lui même. Avec tout ça, je n’ai pas appris à parler. A parler vraiment. Parce que c’est risqué, parce que ça fait peur et surtout parce que ça ne se fait pas. J’ai appris à garder ma colère et mes rancœurs pour moi.

Si la colère ne sort pas, elle peut vous rendre amère. Extérioriser les choses permet de les laisser s’envoler, de s’alléger d’un poids. Que ce soit dans ma vie personnelle, mes amitiés, au boulot, en famille, je ne disais rien, je prenais sur moi. Le malaise a grandit. Et puis un jour, j’ai sauté le pas. J’ai pris LA décision qui devait changer ma vie. J’ai passé le pas de la porte d’un psy. Je me suis mise à parler. Et parler m’as sauvée.

Parler et ne plus s’arrêter

C’est devenu un mode de fonctionnement pour moi. Il y a quelques semaines, au travail, j’ai vécu une période compliquée. J’ai demandé un entretien, j’ai dis ce que j’avais à dire, de manière calme et mesurée, réfléchie. La tension est redescendue, je me suis sentie plus forte en ressortant. Au même moment, j’ai eu une longue conversation avec mon père. La première de ce genre. Pour la première fois, je me suis opposée à lui sur certains points. Que ce soit sur des divergences d’opinion, sur mon éducation, sur notre famille, sur nos rapports. Dans la bienveillance et l’humour mais aussi la fermeté et la franchise. Je lui ai expliqué pourquoi je n’étais pas d’accord. Je lui ai dit ce que ça représentait pour moi. Aujourd’hui, quand ma sœur me raconte un conflit avec quelqu’un, mon premier réflexe, c’est de lui demander « tu lui as dis que….? ».

Il y a quelques semaines, mon psy a eu ces mots très justes : « Vous aviez ce germe en vous, cette petite graine, que vous avez su faire germer et faire grandir. Vous avez décidé de parler« .
Depuis toujours je suis capable de parler. Le corps sait le faire. L’esprit sait faire en partie aussi. Mon coeur avait du mal. Depuis quelques mois, je sais désormais prendre du recul, dire les choses de manière réfléchie, adulte, mature. J’ai appris à parler à 26 ans et ça m’a changé la vie.

 

12 commentaires pour “Ce jour où j’ai décidé de parler

  1. Je me reconnais beaucoup dans cet article…
    J’ai aussi cette difficulté à m’exprimer sur le plan émotionnel. Je me débrouille tellement mieux avec les mots écrits. C’est ma manière de m’exprimer, puisque je n’y arrive pas par la parole…

    1. Mon blog est un peu la conséquence de tout ça.
      En tout cas, tu as une très belle plume et tu sembles très l’aise avec les mots !

  2. Tu ne me croirais pas si je te disais qu’il y a plus d’un an j’ai écrit 2 pages sur Word sur le même sujet. J’ai écrit : « Je suis une bavarde qui ne parle jamais ». J’ai envie de t’envoyer un screen haha 😛
    Ma façon à moi d’extérioriser c’est d’écrire. J’ai toujours eu des carnets « intimes » ou au besoin des feuilles volantes, encore aujourd’hui quand je suis énervée/triste je passe ma rage sur un bout de papier et après je le jette à la poubelle. J’ai essayé un psy 2 fois (après le diagnostic de la SEP en fait) mais j’ai tellement pleuré que je me suis trouvé ridicule et je n’ai plus recommencé. C’est peut-être bête…
    Du coup inutile d’ajouter que je me retrouve énormément dans ton article, j’ai presque les mêmes mots dans mon petit document Word.
    J’admire ton courage d’en faire un article cela dit, car pour ma part il y a des gens de ma famille qui peuvent être amenés à le lire et je ne souhaite blesser personne (surtout que, pour les mêmes raisons que chez toi, personne ne me le dirait).
    Au fait, j’aime beaucoup ton blog =)

    1. Ton commentaire me touche beaucoup !!
      L’écrit m’a aussi toujours beaucoup aidé. Je m’exprime plus facilement comme ça, j’arrive à mettre de l’ordre dans mes émotions. Ce blog est aussi un peu là pour ça d’ailleurs… Le psy au début je pleurais à chaque séance, je te rassure ! Maintenant ça va mieux, une fois de temps à autre mais c’est devenu rare ^^
      Ici personne ne connait mon vrai nom et mon visage, ça me donne la liberté de dire ce que je veux.

      Merci pour ton passage ici et à très bientôt !!

  3. La parole a vraiment une incidence énorme sur qui nous sommes et qui nous voulons être. La communication reste un véritable atout, alors surtout ne le gâchons pas !

    1. Je ne peux qu’être d’accord avec toi ! Au delà de ne pas la gâcher, il faut surtout l’encourager !

  4. Je me suis retrouvée énormément dans ton article. De peur de décevoir les autres ou d'obtenir un non, je me tais. Alors que plusieurs fois je me suis rendue compte que si j'avais demandé au moment voulu, j'aurai obtenu ce que je voulais il n'y avait aucun soucis par rapport à ça. A un certain moment, il faut mettre ses aprioris de côté, ce n'est pas facile et clairement un travail sur soi à faire petit à petit mais c'est faisable. Ton article en est le témoin 🙂 courage en tout cas ��

    1. A partir du moment où on commence à parler, on se rend compte que ça simplifie énormément les choses. C’est comme ça que le cercle vertueux se créé. Mais il faut oser faire le premier pas 🙂
      Merci pour ton passage ici !

  5. Ton article est très touchant et très fort émotionnellement je pense pour toi.
    Qu'est ce que ça aide parfois de se rendre chez un psy pour ne serait-ce que parler, ça paraît "normal" mais comme tu le dis si bien, tu viens seulement d'apprendre à parler à 26 ans, et ça ne t'apportera certainement que du bon dans ta vie pour la suite…
    Bisous

    1. Merci pour ton commentaire qui me touche beaucoup.
      Parler ça peut paraitre rien mais effectivement pour beaucoup plus de personnes qu’on ne le pense, ce n’est pas si évident. Et je confirme, ça n’apporte que du bon !

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