Se battre contre soi même

 
 

Cette petite voix au fond de toi

Depuis des année, j’ai au fond de moi cette colère. Cette colère sourde qui grondait, qui m’empêchait parfois d’y voir clair, qui prenait le dessus sans que je sache pourquoi ni comment. Avec elle, il y a aussi les angoisses, le stress, les questions incessantes et une certaine mélancolie, un manque. Pour lutter contre ces bouleversements émotionnels, pour me protéger et pour ne rien laisser paraître aux autres, je me suis forgé une carapace. Je me suis cachée derrière une armure pour me sentir moins fragile, moins friable, moins exposée. Sous mes airs agressifs, comme un animal apeuré qui montre les dents, il y a une énorme sensibilité.

 

Une petit fille en colère

La gestion de mes émotions a toujours été compliquée. Depuis toute petite, je fais partie de ces gens qui pleurent facilement, pour qui les larmes coulent pour une grande joie, une profonde tristesse ou une colère soudaine. C’est comme une vague. Parfois elle se contente de venir frapper le rivage puis de refluer. C’est cette boule dans la gorge qui se forme et qui réclame qu’on respire un grand coup. Et puis parfois, elle remonte la côte à toute vitesse et passe par dessus la digue sans que rien ne soit possible pour l’arrêter. La vague emporte tout sur son passage, elle s’infiltre et c’est elle qui décide.

Au fond de moi, il y a cette enfant qui ne sait pas comment faire. J’ai beau avoir 26 ans, il y a au fond de moi une enfant de 6 ans. Et comme tous les enfants de 6 ans, les émotions sont parfois, souvent, violentes, complexes, difficiles à comprendre et encore plus à maîtriser. 

 

Avancer vers une solution

Depuis plusieurs années, je sais que la solution est au fond de moi, que c’est un cercle vicieux, que les émotions se nourrissent d’elles même et que la solution est là, quelque part, à l’intérieur de moi. Mais je savais pas comment l’atteindre. C’était confus, un peu brouillon. J’avais des pistes mais je ne savais pas quel chemin suivre pour arriver au but. Ce but qu’on vise tous : vivre en paix avec soi même, être serein et marcher droit. Depuis plusieurs années, je sais que je dois agir, mettre un pied sur le chemin pour espérer arriver au bout.

J’ai entamé il y a maintenant 14 mois une thérapie aux côtés d’un professionnel. Il m’accompagne pour trouver des réponses, pour mettre de l’ordre dans mes idées et dans cette tornade qui sévit dans ma tête. Il m’aide à faire baisser la pression et à savoir dompter la bête qui sommeille. Et puis surtout, il s’agit de trouver les causes pour résoudre le problème à la source et guérir durablement.

 
 
 

La thérapie, comme une soupape de sécurité

Ces discussions ont été pendant de nombreuses semaines comme une soupape de sécurité. Un espace de liberté où les mots sortaient comme ils venaient, où rien n’était bien ou mal, où tout pouvait être dit et surtout entendu. J’attendais ces moments pour pouvoir déverser ma colère, ma tristesse, ma peur et sortir de moi tout ce négatif si violent dont je ne savais que faire. Au fil du temps des choses ont émergées. J’ai enfin pu mettre des mots sur ces vagues, sur ces tempêtes et ces grondements. Des termes précis ont enfin donné corps à ce flou dans lequel je me débattais : carence affective, sentiment d’abandon, idéaux exigeants. Les briques se mettaient en place entre elles. Pour mon esprit si rationnel qui a besoin de trouver des liens logiques, je pouvais enfin raconter l’histoire de mes ressentis, pourquoi je ressentais telle ou telle émotion, comprendre pourquoi je réagissais comme ça. Je découvrais enfin pourquoi, si c’est évident pour certaines personnes, c’est si dur pour moi. 

 

Dompter les émotions

Ce manque de confiance en moi, la tristesse, la frustration, ce sentiment de ne pas être à sa place et ce vide permanent dans un coin de mon coeur…. Tout ça s’expliquait enfin. C’est comme si la lumière s’allumait, d’un coup, pour éclairer ce que j’avais appréhendé à tâtons dans l’obscurité. J’avais fais le premier pas vers la guérison : je comprenais les émotions, leurs causes.

Pendant plusieurs semaines j’ai lutté contre mon esprit. Il fallait qu’il accepte que son interprétation de la situation n’était pas la bonne et la réaction qui en découlait n’était donc pas nécessaire. Lui qui faisait tout pour me protéger, en développant des mécanismes de défense, devait réaliser que le danger n’était là où il le pensait. Le danger, c’était les blessures anciennes, la douleur, la peur, qui nous influencent et nous façonnent. Ce qui m’a certainement le plus aidé c’est d’entendre que mes envies et mes besoins étaient légitimes. Que j’avais le droit d’être triste et en colère, que j’avais le droit d’avoir envie de telle ou telle chose. Que c’était normal d’être blessée par certains comportements. Pour autant, ces comportement étaient moins fréquents que je le pensais et surtout, je les provoquais parfois malgré moi.

 
 
 
 

Instaurer un cercle vertueux

Au fil du temps, j’ai pu me raisonner. J’étais capable de prendre de recul, de savoir que mes réactions instinctives étaient dûes aux schémas, aux vieilles blessures. Que je devais me détacher de ces situations et regarder les choses avec un oeil neuf. Petit à petit, l’idée à fait son chemin. Certaines choses me touchaient de moins en moins, j’y voyais plus clair. 

De nouvelles idées ont amenées de nouvelles réactions, qui ont permis une autre vision de la situation. Le tout s’est transformé en une expérience positive. Le cercle vertueux s’est mis en place. Tout ce nouveau vécu devient petit à petit la référence. Le bon en-terrine le bon, il le cultive, l’alimente, le sublime.

 

Ce voyage que j’ai entrepris il y a maintenant plusieurs mois m’a transformée. Quand je regarde en arrière et que je vois tout le chemin parcouru, c’est le soulagement qui s’impose. Je me sens plus sereine, comme apaisée. Moins d’angoisse, moins de douleur, moins d’accès de tristesse. Je m’impose moins de pression et je savoure plus l’instant. 

Je me suis battue contre moi même et si le plus gros combat reste à livrer, je suis désormais parée pour me battre à armes égales.

 
 
 
 
 
 
 

10 commentaires pour “Se battre contre soi même

  1. Quelle belle histoire et comment dans beaucoup d entres elles il y a de la souffrance et beaucoup d amour…bravo pour votre parcours et votre courage…pour ma part ce travail, je l ai fait presque toute seule et il m a mene à l ecriture..bel ete à vous

    1. Merci pour vos compliments 🙂 l’ecriture a toujours fait partie de la thérapie dans mon cas.

  2. Je me retrouve également dans ton article, moi aussi j’ai traversé de grandes difficultés suite à la naissance de ma fille, ça a été un événement déclencheur. Quand tu parles de lutter contre ton esprit, c’est exactement ça. Notre esprit réagit parfois de manière complètement inattendu et illogique je dirais même. J’avoue que cela m’a beaucoup fait souffrir et pris énormément de temps avant de pouvoir le comprendre et l’accepter. Je pensais que l’on pouvait TOUT maitriser mais en réalité ce n’est pas si simple. En tous cas la thérapie m’a beaucoup beaucoup aidé, même si ça a été très long presque 3 ans ! J’en vois maintenant le bout (enfin).

    1. C’est marrant parce qu’en ce moment, je lis un roman et l’un des personnages principaux porte le même prénom que toi (avec la même orthographe j’entends ^^). Breef !
      Effectivement, on ne peut jamais tout maîtriser. Ce n’est pas toujours facile de l’accepter et encore moins de faire avec ! Mais on finit par y arriver 😉 J’ai terminé ma thérapie il y a peu et j’ai d’ailleurs écrit un article sur le sujet très récemment si ça t’intéresse !

  3. Hello ma belle !
    Je n’avais jamais vu ton article, mais merci de partager ça !
    J’ai eu de mon côté une année 2015 et 2016 difficile avec de nombreux soucis de santé, et j’avais fait appel à un coach personnel car j’avais l’impression de devenir folle !
    Ca arrive de se perdre en chemin, je suis ravie que tu ai pu retrouver un quotidien serein !

    Des bisous, Margaux

    1. Je ne sais pas je me suis perdue, je crois plutôt que j’avançais dans le brouillard depuis un moment!

  4. Je me retrouve tellement dans tes mots. La seule différence, c'est que j'ai accepté, à tord ou à raison, le bordel émotionnel de ma tête et que j'apprends à vivre avec. J'espère que la thérapie va continuer à t'aider ! xx

    1. Quand la souffrance devient trop forte, ça devient difficile d’avancer. Pour ma part, je ne me voyais pas continuer sans avoir « tout » essayer pour aller mieux.

  5. Je me retrouve beaucoup dans ton article. J'espère que comme toi, que le travail thérapeutique va m'aider à sortir de tout ça. Bonne continuation !

    1. Si tu souhaites en parler, même en privé, n’hésites pas.
      La thérapie m’a vraiment fait bcp de bien et j’espère qu’elle t’apportera autant qu’à moi !

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